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Du commerce de sel à un entrepreneurship familial local

L’histoire d’une famille kamouraskoise

2024. Gabriel Gagnon et sa conjointe, Isabelle Leblanc, sont propriétaires d’une ferme maraîchère et érigent une boucherie au 6e rang de Mont-Carmel, une localité rurale du Kamouraska.

1734. Faisant le commerce du sel, le faux-saunier Étienne Voyer, un ancêtre de Gabriel, est fait prisonnier et est déporté en Nouvelle-France. Il s’établit alors à Sainte-Marie-de-Beauce où il prendra épouse et finira ses jours.

Quel a été le chemin parcouru en près de trois siècles? Quelles traditions ont été conservées et de quoi s’étonnerait Étienne Voyer aujourd’hui ?

L’implantation inattendue dans un nouveau pays

Étienne Voyer est natif d’Anjou, Maine-et-Loire, France. Il est un faux-saunier, un contrebandier de sel. Les taxes imposées sur ce condiment varient grandement d’une région à l’autre et les difficultés économiques du temps favorisent ce commerce illégal. Cependant, si le contrebandier est capturé, il risque l’emprisonnement, les galères ou la déportation.

Au cours de l’été 1743, Étienne est fait prisonnier et est déporté en Nouvelle-France. Les conditions de la traversée s’échelonnant sur plus de deux mois sont pénibles.

Nous étions pressés dans ce lieu obscur et infect comme des sardines dans une barrique. […] Nous avions à bord une centaine de soldats, dont chacun avait avec soi un régiment entier de [poux]. […] Autre fourmilière de poux et source d’infection, c’était quatre-vingts faux-sauniers, qui avaient langui pendant un an dans les prisons […] Ils étaient couverts d’ulcères et quelques-uns même rongés tout vifs par les vers […].

(Témoignage d’un contemporain d’Étienne Voyer)

Ne pouvant retourner en France, Étienne s’établit comme cultivateur à Sainte-Marie de Beauce. À force de travail, son terrain mis en valeur répond aux besoins essentiels : nourriture, vêtements, maison et bois de chauffage pour l’hiver. C’est une vie simple, mais difficile, impliquant un travail manuel du lever au coucher du soleil. Le recensement de 1762 nous apprend que la famille a mis en semence neuf arpents en superficie et qu’elle possède un bœuf, deux vaches, deux taurailles, trois moutons, un cheval et un cochon. Parti de rien, Étienne jette les bases d’une famille vivant du travail de la terre.

Photo en noir et blanc d’un chantier de bûcherons : grand groupe d’hommes devant deux bâtiments en bois enneigés. Hommes en vêtements chauds, certains avec des tabliers blancs (cuisiniers). Arrière-plan : forêt, arbres dénudés, ciel couvert. Ambiance d’une communauté de travail isolée.

Un groupe de travailleurs dans un chantier forestier.