Une tradition séculaire
Les premiers habitants de la région du Kamouraska ont vite repris des techniques d’exploitation de la sève d’érable utilisées par les Premières Nations. Dans un acte notarié du 15 novembre 1708, Jeanne Sauvenier fait donation de ses biens mais se réserve le droit de faire du sucre d’érable. Il y a fort à parier que la grande majorité des familles de la région s’y sont adonnées également.
En quoi consiste cette technique ? Elle a bien évolué au fil du temps. À l’origine, les gens des Premières Nations, à l’approche du printemps, entaillent les arbres en biais et insèrent au-dessous de l’ouverture un éclat de bois ou un chalumeau. Le liquide tombe goutte à goutte dans un récipient placé sur le sol, généralement un baquet d’écorce de bouleau. La sève est ensuite bouillie dans des chaudrons de terre. On obtient ainsi une petite quantité de sirop noir et épais.
Mais il y a des précautions à prendre lors de l’entaillage. À preuve en 1731, la Seigneuresse de Kamouraska demande de faire cesser l’entaillage à la hache, cette pratique risquant de blesser et de faire mourir les érables. Les contrevenants devront payer une amende.
Les gens aiment le temps des sucres, mais c’est également un temps de dur labeur pour le « sucrier ». Le rédacteur de la Gazette des campagnes décrit très bien les deux côtés de la médaille en 1868 :
Cette fabrication de sucre coûte cher au cultivateur, c’est pour lui un temps de rudes fatigues. Pendant trois à quatre semaines il est presque toujours sur pied : le jour, il lui faut courir les érables, transporter l’eau, caler les casseaux, préparer le bois de chauffage; la nuit, veiller la plupart du temps pour faire bouillir. De plus il n’a pas comme à la maison tout le confort désirable ; son lit n’est pas moelleux, et le froid qui s’introduit de tous côtés à travers les pièces disjointes de sa rustique demeure le fait souffrir le plus souvent.



