Religion, résistance et libération : Harriet Tubman et le réseau abolitionniste

Figure 1. Portrait de Harriet Tubman réalisé par Lindsley, Harvey B., entre 1842 et 1921. Image extraite de l’Album de Photographies d’Emily Howland LOT 15020, Division des Imprimés et Photographies de la Bibliothèque du Congrès, Washington D. C. 20540 États-Unis, octobre 2024.
L’un des épisodes les plus marquants de l’époque de l’esclavage est le rôle paradoxal de l’Église, à la fois dans la promotion et l’abolition de cette pratique. Bien que le christianisme ait fréquemment servi d’instrument d’oppression, il s’est aussi transformé en une force de libération. De nombreux abolitionnistes et militants antiesclavagistes, animés par des convictions morales et religieuses, ont joué un rôle déterminant dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage – nombre d’entre eux ont pris part de manière significative à l’œuvre remarquable d’Harriet Tubman pour l’émancipation des esclaves.
Au-delà d’un courage incomparable, l’incroyable parcours et l’œuvre de Harriet Tubman témoignent du pouvoir de la collaboration dans la quête de justice et de libération collective. Pour elle, la liberté n’a jamais été un cheminement individuel, mais une entreprise collective. Son engagement inébranlable en faveur de l’émancipation a été rendu possible grâce à un vaste réseau de soutiens issus de la communauté noire, d’institutions religieuses et d’alliés qui, indépendamment de leurs origines, ont reconnu l’absurdité et la dépravation morale inhérentes à l’esclavage.
En tant que figure de proue du chemin de fer clandestin, Harriet Tubman a créé un réseau de relations d’une ampleur remarquable. Elle a étroitement collaboré avec de nombreux abolitionnistes de premier plan issus de divers milieux religieux et laïques, y compris de nombreux Quakers qui ont eu un impact déterminant dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage ; ils ont assumé divers rôles, comme Chefs de Gare, Informateurs, Agents et autres, afin de concrétiser la mission du chemin de fer clandestin.
Son vaste réseau comprenait William Lloyd Garrison, à qui elle attribue le mérite de lui avoir donné le nom de ‘Moses’, le Révérend Samuel Green, un parent possible, John Brown, qu’elle a finalement rencontré en personne en 1858 à St. Catharines, Frederick Douglass, abolitionniste, auteur et ancien esclave, Lucretia Mott, William Still, Thomas Garrett, Gerrit Smith, Frances Harper, Wendell Phillips, Levi Coffin, Jermain Longuen, et bien d’autres encore avec qui elle a interagi à différents moments de son parcours. Bien qu’aucune preuve documentée ne confirme une rencontre ou une collaboration entre Harriet Tubman et Mary Ann Shadd Cary, abolitionniste, enseignante, journaliste, avocate et militante, il est raisonnable de supposer que leur proximité géographique – Cary résidant à Chatham et Harriet Tubman à St. Catharines – ainsi que leurs implications respectives dans le mouvement abolitionniste, bien que distinctes, auraient pu favoriser des occasions de se croiser.
De manière collective et individuelle, cette coalition hétérogène d’abolitionnistes et de défenseurs de la liberté a contribué de manière exceptionnelle à la cause la liberté en fournissant des ressources financières et matérielles inestimables afin de garantir la survie de personnes en quête de liberté, et leur dignité alors qu’ils s’installaient dans leurs nouvelles vies.
Bien que Harriet Tubman ait tissé des liens solides avec de nombreux abolitionnistes et défenseurs de la liberté dans le cadre de ses luttes incessantes pour affranchir les personnes réduites en esclavage, on ne trouve pas de photographies où elle figure aux côtés d’autres abolitionnistes dans un seul cliché. Cette absence reflète les difficultés à étudier les figures engagées dans l’action clandestine et la résistance, à l’instar des opérations secrètes du chemin de fer clandestin.
Lorne Foster, Professeur et titulaire de la Chaire de recherche en Études Canadiennes Noires et en Droits de la personne à l’Université de York, parle du rôle de la religion/de l’Église pendant l’esclavage.