Ce que nous ne saurons peut-être jamais : l’incertitude et l’héritage du périple d’Harriet Tubman

Figure 1. Membre de l’équipe, Gabriela Sealy, assise dans l’église pionnière au Musée Josiah Henson de l’histoire afro-canadienne. Photographie d’Alex Allasra, prise à Dresden, Ontario, octobre 2024.
L’histoire regorge de mystères, et la vie de Harriet Tubman ne fait pas exception. Les précisions concernant ses actions remarquables restent obscurcies par le temps, le secret et l’exigence de discrétion que nécessitait son engagement, au point qu’Harriet Tubman ne pouvait pas déterminer le nombre total de voyages effectués par le biais du chemin de fer clandestin. Elle a révélé à Sarah Bradford qu’elle avait effectué 11 traversées vers le Canada et avait conduit 70 personnes à s’affranchir de l’esclavage. Pourtant, le chiffre couramment cité de 19 voyages reste non vérifié, enveloppé dans le secret qui a permis de sauvegarder des vies et de garantir le succès du chemin de fer clandestin.
Malgré les recherches méticuleuses menées par des historiens et auteurs tels que Sarah Bradford et Rosemary Sadlier, des zones d’ombres demeurent encore sur l’histoire d’Harriet Tubman. Sa date de naissance précise, l’étendue de ses nombreux périples, et même ses expériences au Canada suscitent encore de vives controverses. Ces incertitudes nous incitent à réfléchir aux limites de l’histoire documentée et à la manière dont la représentation, qu’elle soit académique ou artistique, façonne notre compréhension du passé.
Lorne Foster, titulaire de la chaire de recherche en études noires canadiennes et en droits de la personne à l’Université de York, parle de l’épisode le plus marquant de l’aventure d’Harriet Tubman.
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Considérons, par exemple, la représentation controversée de John Tubman, le premier époux d’Harriet. Les récits historiques laissent à penser que John s’est opposé à l’expédition d’Harriet et a même menacé de dévoiler ses plans aux maîtres esclavagistes. Pourtant, dans le film Harriet, sorti en 2019, John est représenté comme un personnage de soutien, ce qui entraine des discussions sur la ligne de démarcation entre les faits historiques et la liberté artistique. Ces diverses représentations nous obligent à poser la question suivante : comment combiner la documentation historique avec les récits imaginatifs qui visent à la rendre plus humaine et à la célébrer ?
Dans toutes les représentations, ce qui demeure inébranlable, c’est la détermination sans faille d’Harriet Tubman en faveur de l’émancipation des peuples noirs. L’œuvre de sa vie a dépassé le cadre de la liberté personnelle ; elle est devenue un symbole d’espoir, de résistance et de quête incessante de justice. Même si les détails de sa vie sont assez fragmentés et sujets à controverse, l’essentiel réside dans l’impact révolutionnaire de ses actions.
En fin de compte, l’héritage d’Harriet Tubman ne se limite pas aux récits de ses voyages, mais réside dans l’esprit persistant de libération qu’elle incarnait. Elle a ouvert la porte vers la liberté à des individus et, par ce biais, a entrainé d’autres générations. Les manquements dans son récit nous incitent à ne pas nous attarder sur ce qui nous échappe, mais à honorer ce que nous savons : sa raison d’être et les innombrables vies qu’elle a changées.
Dre Rosemary Sadlier aborde les aspects les plus significatifs de la vie et l’héritage d’Harriet Tubman.