Passer au contenu principal

Pourquoi l’héritage d’Harriet Tubman est-il toujours d’actualité ?

Entracte de recherche sur le terrain : l’équipe fait une pause déjeuner entre les visites de sites.

Figure 1. Blessing Ogunyemi, Alex Allasra, Gabriela Sealy et Emilie Andrée Roumer Jabouin prennent une pause déjeuner au restaurant Lagos Grill à Windsor. Image réalisée par l’équipe, prise à Windsor, Ontario, en octobre 2024.

 

Pour chaque esclave qu’Harriet Tubman a guidé vers la liberté, elle ne se limitait pas à changer une vie, mais offrait aux générations futures l’espoir de quelque chose de plus grand. Ceux qui l’ont suivie dans son périple vers le Nord transportaient avec eux des projets de communautés, de familles et d’avenir où l’obscurité n’était pas un obstacle à surmonter, mais plutôt une source de pouvoir. Aujourd’hui, son héritage nous rappelle que la lutte pour la libération est toujours d’actualité. Il nous pousse à résister à l’effacement, à exiger plus que les miettes offertes, à revendiquer notre place sans excuses et à refuser de quémander une reconnaissance pour vivre pleinement et librement.

Nous ne sommes pas encore à l’abri de l’oppression, et la lutte pour une véritable équité est loin d’être terminée. La représentation seule ne suffit pas ; il est essentiel de poursuivre la lutte pour l’égalité des chances dans le milieu professionnel et ailleurs. La visibilité des Noirs ne doit pas être confondue avec leur émancipation. Il ne suffit pas d’être reconnus et représentés; nous devons également cultiver l’autonomie, disposer de ressources et avoir l’espace nécessaire pour notre épanouissement.

Dre Rosemary Sadlier aborde avec force la réalité persistante du racisme, soulignant qu’en dépit des avancées, la déshumanisation raciste perdure et que la lutte pour une véritable égalité se poursuit.

Écoutez cet extrait audio avec transcription.

Pour bien saisir l’impact d’Harriet Tubman, il est essentiel de la considérer non seulement comme une héroïne américaine ou canadienne, mais aussi à travers le prisme que propose la chercheuse Dre Emilie Jabouin : l’Afro-Nordicité. Ce concept renvoie à la réalité des communautés noires qui ont migré entre les États-Unis, le Canada et les Caraïbes en quête de liberté, de sécurité et d’épanouissement. Ce monde nordique élargi était plus qu’une simple destination ; c’était une région dynamique et propice au développement à la résistance noire, façonnée par la migration, la survie et la créolisation.

En reconnaissant Harriet Tubman comme une figure afro-nordique, nous libérons son héritage des limites des récits nationaux uniques et embrassons son héritage transnational, qui témoigne de la nécessité et de la force du mouvement dans la lutte en faveur de la liberté. Elle n’appartient pas à un seul pays, mais à tous ceux qui luttent pour la liberté. Elle est un symbole non seulement du passé, mais aussi de la force du mouvement, la résilience des personnes déplacées et de l’esprit indomptable de ceux qui ne se résignent pas à subir l’oppression comme leur destin.

Dans un monde qui continue de faire taire les voix noires, l’histoire d’Harriet Tubman est un appel à l’action. Sa vie ne se résumait pas seulement à l’évasion des esclaves, mais aussi à la progression : vers l’avant, vers le haut, au-delà. Cette leçon doit être transmise aux enfants noirs, non seulement à travers les manuels scolaires, mais aussi dans la trame de leur perception quotidienne de ce qui est possible. Transmettre son histoire, c’est bien plus que relater des faits historiques ; c’est doter les futures générations d’outils nécessaires pour comprendre qu’elles sont, elles aussi, en train de forger l’histoire.