L’importance de l’héritage d’Harriet Tubman, avec le professeur Lorne Foster

Entretien audio enregistré avec le professeur Lorne Foster, réalisé par Blessing Ogunyemi pour l’Institut Harriet Tubman de l’Université York.
TRANSCRIPTION :
Professeur Lorne Foster: Je pense, enfin, je veux dire, en fait… Elle représente la nature dynamique et, vous savez, individualiste à laquelle nous adhérons tous. Une partie de son héritage, ou une partie de sa mythologie, est typiquement américaine. Vous voyez ce que je veux dire. L’Amérique a ce sens de l’individualisme forcené, et elle en est l’incarnation même à cet égard, vous savez. Je veux dire, elle est l’individualiste forcenée par excellence. Et je suppose qu’en tant que Canadiens, nous aimons un peu cela aussi. Nous sommes un peu plus passifs, je suppose, que les Américains, ou que l’éthique américaine. Et elle représente tout cela, et en plus, elle représente ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité. Vous savez, j’ai mentionné que j’étais un expert en droits de la personne. Et pour moi, les droits de la personne consistent avant tout à reconnaître qu’il y a de la place pour nous tous au seuil de l’histoire.
Et des gens comme Harriet Tubman font réellement ce que nous… ce dont je ne fais que parler. Vous voyez ce que je veux dire. Elle essaie concrètement de faire du monde un endroit où tout le monde est digne, où tout le monde est reconnu et où tout le monde a sa place ; elle ne se laisse pas arrêter par les barrières, alors que d’autres concepts de droits de la personne visent simplement à réduire ces barrières. Elle a surmonté les obstacles. Elle a brisé les barrières de l’esclavage. Elle a brisé, vous savez, l’infrastructure de l’esclavage. Elle l’a combattu de l’intérieur, elle a réussi à en sortir, puis elle y est retournée. Ainsi, l’idée de sa bravoure et de son individualisme forcené est, je pense, une image importante que nous devons émuler en tant que personnes noires qui veulent avoir des héros, qui ont besoin d’avoir des héros. On veut avoir une Harriet Tubman comme héroïne, comme héritage de sa culture, quelqu’un que l’on peut admirer et vers qui on peut tendre. Et se souvenir de ces instincts. Vous savez, c’est difficile de se souvenir de ces instincts. On ne voit pas beaucoup de gens aujourd’hui qui essaient réellement de renverser les barrières au péril de leur propre vie, vous savez, pour la liberté, pour la libération.
Vous savez, il y a une célèbre chanson de Solomon Burke, et il y a un vers classique dans cette chanson. C’est comme si l’un de nous… aucun de nous n’est libre. Comment est-ce déjà ? Si l’un de nous est asservi, aucun de nous n’est libre, ou quelque chose dans ce genre. Je me suis trompé, car ce n’est pas exactement la phrase, mais c’est ce que la phrase essaie d’exprimer, et, au fond, les gens comme Harriet Tubman représentent vraiment cela ; ils sont l’essence même de ces personnes qui reconnaissent que nous ne sommes pas libres, si nous ne le sommes pas tous, si nous ne sommes pas tous libres, aucun d’entre nous ne l’est. C’est ça, la phrase !