Le Canada entre refuge et résistance: Une conversation avec la Dre Afua Cooper

Entretien audio enregistré avec la Dre Afua Cooper, réalisé par Blessing Ogunyemi pour l’Institut Harriet Tubman de l’Université York.
TRANSCRIPTION :
Dre Afua Cooper: Ainsi, deux choses peuvent être vraies en même temps. Je veux dire, cinq choses peuvent être vraies en même temps. Alors, oui, en effet, le Canada était un lieu de refuge pour les personnes arrivant par le chemin de fer clandestin. C’était un lieu de refuge pour les Loyalistes noirs au siècle précédent, qui sont venus dans ces colonies après la Révolution américaine. C’est vrai, sans aucun doute, mais ce qui est également vrai, c’est qu’à leur arrivée ici, alors qu’ils bâtissent des communautés et commencent à s’établir, ils sont confrontés à une forme de racisme anti-Noir débilitante. Je vais juste donner deux exemples. Le premier est la situation de l’éducation dans le sud-ouest de l’Ontario pour les enfants noirs durant, vous savez, après la Loi sur les esclaves fugitifs, et même avant cette loi. Nous regardons vers les années 1818, 1828. Nous avons une pétition de parents noirs à Ancaster, parlant du manque d’éducation pour leurs enfants, de la façon dont leurs enfants ont été chassés de l’école publique ordinaire jusque dans les années 1840, jusque dans les années 1850. Certes, après les années 1850, on voit de plus en plus de districts scolaires dans le sud-ouest de l’Ontario interdire l’accès à l’école aux enfants noirs.
Je veux dire, c’est incroyable, parce que si vous pensez à une société démocratique ou à une société qui s’efforce de l’être, alors l’éducation est une pierre angulaire, ou devrait l’être, l’éducation pour tous. Mais ici, vous aviez des personnes noires, des parents, des enfants, des enseignants, luttant pour obtenir une éducation. En fait, beaucoup d’entre eux ont construit leurs propres écoles, ont embauché leurs propres enseignants pour instruire leurs enfants. Et en Ontario, nous avons eu diverses itérations de ce qu’on appelait la Loi sur les écoles séparées, qui a en fait légalisé la ségrégation de l’éducation pour les enfants noirs. Ce n’était donc qu’un exemple des luttes que les personnes noires ont endurées une fois qu’elles sont venues vivre ici, qu’elles ont eu des enfants et qu’elles ont cherché à s’établir. L’éducation est un enjeu majeur. On ne peut vraiment pas, vous savez, ne pas en parler.
Le deuxième exemple que je vais donner, qui date du siècle précédent, le 18e siècle, c’est lorsque les Loyalistes noirs sont arrivés, tant dans le Haut-Canada qu’en Nouvelle-Écosse, et la manière dont ils ont fait face à de sévères limitations de leur liberté. Les Blancs s’attendaient toujours à ce que les Noirs, même s’ils s’étaient battus pour leur liberté lors de la guerre d’Indépendance américaine et qu’ils avaient obtenu leurs certificats de liberté des Britanniques, conservent une position servile une fois arrivés dans ces espaces. Vous êtes toujours des esclaves. Vous travaillez toujours pour moi. Vos droits vont être restreints. Et les Noirs se disaient, absolument pas ! Vous savez, nous nous sommes battus dur pour cela. La terre qui leur avait été promise dans des endroits comme la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, l’immense majorité des Loyalistes noirs ne l’a pas obtenue. Les fournitures, la nourriture, le maïs, la farine, l’huile, les semences et tout le reste ne venaient pas non plus. Pendant ce temps, les Loyalistes blancs recevaient tout cela.
Ainsi, pendant neuf ans, et sur le point de l’éducation, que je ne réitérerai pas, ils ont fait face à toutes sortes de restrictions éducatives. Pendant neuf ans, ils ont enduré ces limitations, et certaines personnes ont également été capturées et vendues comme esclaves. En 1792, 1200 d’entre eux, sous la direction de Thomas Peters, ont plié bagage et ont navigué vers la Sierra Leone parce qu’ils ne pouvaient plus supporter le racisme au Canada. Dans des endroits comme le Haut-Canada, vous aviez des gens comme Richard Pierpoint et d’autres Loyalistes noirs qui se sont regroupés, qui se sont unis, qui voulaient établir une communauté pour leur propre sécurité et leur bien-être en raison du racisme auquel ils étaient confrontés.
Alors oui. Donc, d’un côté, l’endroit était un havre. Il y avait un refuge. Ils n’étaient plus réduits en esclavage, mais d’un autre côté, leur liberté était vraiment compromise, et leur liberté était précaire. Dans l’Est du Canada, ils pouvaient être capturés, remis en esclavage et vendus aux Antilles ou dans le Sud américain. Nous devons donc, vous savez, l’histoire n’est pas une discipline à une seule note. L’histoire a… elle a tellement de couches, et nous devons enquêter sur chacune d’elles et les interroger, et dire, oui, plusieurs choses peuvent être vraies en même temps. Et cela rend le discours et la discipline plus riches.