L’évolution du mois de l’histoire des Noirs au Canada, avec la Dre Rosemary Sadlier

Entretien audio enregistré avec la Dre Rosemary Sadlier, réalisé par Blessing Ogunyemi pour l’Institut Harriet Tubman de l’Université York.
TRANSCRIPTION :
Dre Rosemary Sadlier: Le mois de l’histoire des Noirs, permettez-moi de revenir en arrière, a été célébré pour la première fois aux États-Unis en 1926, est arrivé au Canada dans les années 1950 avec les porteurs de wagons-lits ; il a d’abord été réellement célébré au sein de la communauté noire dans les années 1950, animé par Stanley G. Grizzle, mais organisé par la Canadian Negro Women’s Association. Ensuite, il a été célébré par l’Ontario Black History Society, mais cela tendait à rester discret et limité à la seule communauté noire. Au moment où j’en suis devenue la présidente en 1993, nous avons failli perdre cette célébration, parce que nous ne parvenions pas… nous n’aurions pas pu continuer sans qu’elle soit reconnue par la Ville de Toronto. Elle était célébrée avec la Ville de Toronto et l’Ontario Black History Society depuis 1979, mais cela restait relativement discret.
Ce que j’ai fait, c’est amplifier cette célébration et plaider pour qu’elle soit célébrée chaque année. Pas seulement, vous savez, si nous pensions à contacter la ville, la Ville de Toronto. Ensuite, je suis allée voir la province de l’Ontario. Puis j’ai rencontré de nombreuses personnes au gouvernement fédéral, et cela n’a abouti avec Jean Augustine que lorsque je l’ai approchée directement, par hasard, lors d’un événement auquel j’assistais. À ce moment-là, j’avais constitué un réseau d’intérêt composé de personnes prêtes à soutenir le mois de l’histoire des Noirs, et j’avais probablement fait environ 2 000 présentations sur l’histoire des Noirs, ou des interviews médiatiques, ou d’autres interventions — c’était une période intense. Ainsi, la première célébration nationale a bien eu lieu en février 1996, et j’ai été frappée par son importance, pensant qu’elle mènerait à tellement de choses. Ce qui en a découlé, c’est la création des prix Mathieu Da Costa et, malheureusement, ils ont été supprimés après environ 10 ans, mais il s’agissait d’un concours national d’art et d’essai, conçu… nommé en l’honneur du premier Africain libre identifié dans ce pays, qui était un négociateur de contrats, arrivé ici vers 1604, environ.
Mais ce que je pensais vraiment voir arriver, et qui ne s’est pas encore produit, c’est que nous aurions une instruction obligatoire sur l’histoire des Noirs de la maternelle à la 12e année à travers tout le pays. Et oui, je suis consciente, nous le sommes tous, que l’éducation est une responsabilité provinciale, mais avec ce niveau d’encouragement, avec un mois national de l’histoire des Noirs, en plus de tous les mois provinciaux de l’histoire des Noirs que j’avais réussi à obtenir, je pensais que c’est ce qui se passerait. Cela n’a pas été le cas, et nous devons encore veiller à ce que cela arrive, car la sensibilisation à la présence de longue date et aux contributions des personnes d’origine africaine dans ce pays n’est pas encore tout à fait là où elle pourrait être. Si les gens pensent qu’il suffit de parler des Noirs en février, ce n’est pas suffisant. Je suis Noire toute l’année. Le 1er mars, je suis toujours Noire. Chaque année je suis Noire, et le 1er mars, et je continue d’être Noire toute l’année, et je continue d’entendre parler de, de voir et peut-être de vivre mes propres problèmes liés au fait d’être une personne d’origine africaine qui n’est pas perçue, encore et encore, comme ayant contribué à ce pays.