Buste en bois d’Harriet Tubman à Amherstburg : représentation, conservation et lutte pour l’histoire afro-canadienne
Le défi entre l’accessibilité et la sauvegarde n’est pas exclusif à la chapelle de Salem. Une visite au Musée de la Liberté d’Amherstburg, qui a connu plusieurs changements de nom pour mieux refléter l’évolution de sa mission, révèle des défis similaires. L’objectif du Musée est de mettre l’accent sur les récits de résilience et de libération, mais une telle entreprise se heurte à une négligence systémique aggravée par une instabilité financière. En parcourant les expositions, une œuvre a particulièrement retenu notre attention : une sculpture en bois représentant Harriet Tubman.
À première vue, la sculpture était saisissante, mais un examen plus approfondi soulève des questions troublantes sur sa représentation. Cette figure, dotée d’épaules larges, d’une mâchoire forte et coiffée d’une casquette plate, semblait incarner une masculinité plus prononcée que la Harriet Tubman que nous connaissons – l’icône de la libération. Si l’on peut supposer que cette représentation fait référence à l’usage par Harriet Tubman de déguisements masculins pour franchir en toute sécurité les points de contrôle lors de ses périples clandestins, la ressemblance semble éloignée de la figure historique qu’elle est censée honorer.
Plutôt que de valoriser son ingéniosité stratégique, ce choix artistique renforce une tendance patriarcale à présenter le courage, la résilience et la défiance comme intrinsèquement masculins, réduisant ainsi la plénitude de l’identité et de l’héritage d’Harriet Tubman. Conçue par un artiste blanc, cette œuvre nous oblige à poser la question suivante : Qui est censé raconter nos histoires ? Qui décide de la représentation de l’histoire et comment ces représentations façonnent-elles la mémoire collective ?

Figure 1. Photo du buste en bois d’Harriet Tubman sculpté par Grant Bone, Musée de la Liberté d’Amherstburg. Photo par Gabriela Sealy, prise à St. Catharines, Ontario, octobre 2024.
Ces questions se posent également lorsqu’on examine la délocalisation de l’église baptiste Zion, une institution importante pour la communauté noire de St. Catharines. Située à l’origine en face de l’église Salem, elle constituait un espace vital pour le culte, les rassemblements communautaires et la préservation culturelle. Toutefois, en raison de la baisse du nombre de membres et de fonds insuffisants pour l’entretien et le fonctionnement, l’église a finalement été démolie, marquant la disparition d’un repère historique et social important.