Buxton Nord : Une mémoire vivante de la liberté

Figure 1. La sculpture du Révérend William King avec Elizabeth (une femme en quête de liberté) et son fils, Solomon, qu’il a acheté pour l’emmener avec lui, sculptée à partir d’un tronc d’arbre décomposé par un habitant de la région et exposée derrière l’école. Photo par Alex Allasra, prise au Site historique National et Musée de Buxton, Buxton (Ontario), octobre 2024..
Au-delà de son riche passé, de ses vastes paysages et de son rôle crucial dans l’instruction des Noirs et les réalisations historiques du Canada, Buxton est un lieu où l’histoire s’inscrit de manière vivante et indélébile. L’histoire n’y est pas seulement préservée ; elle vibre à travers le territoire, est portée par l’air vivifiant et s’entrelace dans les champs bruissants qui murmurent des récits de détermination et d’espoir. Lorsque vous visitez le Site historique national et musée de Buxton, la douceur et l’odeur agréable du chêne vieilli se mêlent aux échos de ceux qui ont foulé ces lieux avant nous. Chaque artefact, chaque page minutieusement conservée, porte le poids de la mémoire, rendant hommage aux voix de ceux qui ont osé rêver de libération. Leur existence demeure dans chaque ombre et chaque recoin silencieux, invitant les visiteurs à une communion profonde – à écouter – à ressentir – à se souvenir – à se sentir chez soi.
Porté par une conviction indéfectible de la capacité des Noirs à s’épanouir grâce à l’accès à la terre et à l’éducation, le révérend William King, pasteur presbytérien, abolitionniste et missionnaire, a dû faire face à une forte opposition pour établir la peuplement d’Elgin (aujourd’hui dénommé communauté de Buxton en l’honneur de Sir Thomas Fowell Buxton, un abolitionniste britannique) le 28 novembre 1849. Parmi les premiers colons se trouvaient 15 Africains réduits en esclavage dont il avait hérité – des vies humaines jadis entravées par des chaînes, désormais dotées de la promesse de la liberté. L’un d’entre eux, un jeune garçon sauvé des tréfonds de la servitude, a foulé ce sol en tant qu’âme libre. À leurs côtés, Isaac Riley, l’un des premiers propriétaires fonciers noirs de Buxton, qui, avec sa famille, a contribué à établir les bases d’une communauté prospère et autonome.
Malgré la réduction de la population de la colonie dans le contexte de la guerre de Sécession, le Décret d’émancipation de 1863 et, plus récemment, les contraintes économiques qui ont incité un grand nombre d’habitants à migrer pour travailler, le rapport de la communauté à son territoire est demeuré constant et inébranlable. Cette admirable relation, caractérisée par l’amour, la tendresse, le respect et un sentiment d’appartenance renouvelé, se ressent immédiatement dès que l’on foule le sol. Elle est également célébrée et honorée à travers l’évènement annuel « Homecoming », dont la première édition remonte en 1924.
Suite à l’expansion de Buxton vers le Nord et le Sud, la collectivité qui était autrefois une communauté majoritairement noire est devenue un lieu principalement habité par des blancs. En dépit des changements démographiques et de la métamorphose de la collectivité en Buxton Nord et Sud, Buxton Nord reste fermement ancré dans son histoire – une terre d’accueil pour les descendants de ceux qui ont jadis fui l’oppression à la recherche de liberté. Au cœur de cet héritage se trouve le Site Historique National et Musée de Buxton, une institution dédiée à la préservation des récits importants de ceux qui ont construit une communauté prospère contre vents et marées. Autrefois dénommé Musée Centenaire de Raleigh Township, il poursuit son essor sous la houlette de sa conservatrice Michelle Robbins.