Buxton Nord : Résilience, héritage et mémoire vivante de la liberté

Figure 1. Michelle Robbins accueillant Emilie Andrée Roumer Jabouin ainsi que l’équipe de recherche au Site Historique National de Buxton et Musée. Photo par Blessing Ogunyemi, réalisée à Buxton, Ontario, octobre 2024.
Michelle Robbins représente bien plus qu’une simple gardienne de l’histoire ; elle porte en elle le passé historique de Buxton. Tant du côté maternel (Handsor) que paternel (Robbins), ses ancêtres étaient des fugitifs en quête de liberté qui ont trouvé refuge au Canada grâce au chemin de fer clandestin. Sa famille compte parmi les descendants qui sont encore physiquement liés à la collectivité où leurs ancêtres se sont installés. L’un de ses ancêtres (à remonter jusqu’à l’arrière-arrière-arrière-grand-père), Dennis Calico, est né esclave dans le Tennessee en 1806. Plus tard, il fut vendu à la plantation Robbins et sa liberté lui fut accordée à condition d’épouser Jane (la compagne esclave du propriétaire de la plantation) et de prendre le nom de Robbins. Dennis consentit et, à son tour, s’enfuit au Canada et s’installa à Buxton en 1866. Bien qu’affranchi, il choisit de conserver le nom de famille de son maître, le transformant en un symbole de sa résilience.
L’histoire familiale de Michelle invite à réfléchir sur la complexité de l’attribution des noms pendant l’esclavage. Cette complexité témoigne à la fois du sentiment d’impuissance et d’émancipation. Alors que de nombreux esclaves ont été dépouillés de leur identité par le biais de changements de nom forcés, les fugitifs en quête de liberté prenaient souvent des noms nouveaux pour retrouver leur autonomie. Par exemple, Ruthie Blackburn a changé son nom en Lucie Blackburn pour réaffirmer sa libération. Ainsi, le nom Robbins, transmis de génération en génération, est un marqueur historique et un témoignage de résilience.
Dans cette vidéo, Michelle Robbins parle de la signification de la conservation du nom de Robbins.
Pourquoi le nom Robbins est important avec Michelle Robbins.
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L’histoire familiale de Michelle révèle également la manière dont l’expérience de l’esclavage a souvent créé des identités complexes au sein des familles qui aspiraient à la liberté. Cela a entraîné des divisions basées sur la race ou les frontières géographiques, comme celles séparant les États-Unis et le Canada. Par exemple, la famille de Harriet Tubman est divisée en branches canadienne et américaine. De même, la famille Robbins illustre cette coexistence, avec des membres Blancs et Noirs, dont certains restent encore à découvrir. Il est tout aussi frappant de constater qu’il existe probablement des membres de la famille dont l’identité pourrait rester à jamais inconnue.
Dans cette vidéo, Michelle Robbins partage ce que signifie pour elle être l’héritière de ceux qui ont poursuivi la liberté via le chemin de fer clandestin.
Michelle Robbins sur son Héritage du chemin de fer clandestin.
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Pour Michelle Robbins, qui porte un tatouage de l’étoile polaire sur sa main en mémoire du périple de ses ancêtres, être originaire de Buxton est plus qu’une fierté, c’est une responsabilité. Pour elle, la liberté n’est pas seulement une notion historique, mais un héritage vivant qui doit être entretenu et sauvegardé. Avec le soutien d’un conseil d’administration engagé et une collaboration avec la municipalité de Buxton, Robbins préserve et diffuse l’histoire de ses ancêtres avec une détermination sans faille. Grâce à son travail au musée et à une précieuse collection d’artefacts, récits sonores et d’engagement communautaire, elle veille à ce que l’héritage de Buxton reste vivant et encourage les autres à réfléchir sur la signification de la liberté, de la résilience et de la communauté dans leur propre vie.