Des refuges sûrs : Sanctuaires de la liberté

Figure 1. Couverture du livre de William Still de 1872 contenant les dossiers des esclaves fugitifs. Photo par Gabriela Sealy, prise aux Archives et Collections Spéciales de l’Université Brock, E 450 S85 1879, St. Catharines, Ontario, octobre 2024.
En tant que réseau clandestin, le chemin de fer clandestin est un système décentralisé dont l’efficacité dépend de plusieurs facteurs clés, tels que les refuges sûrs. Les lieux tels que les églises, les monuments locaux, les granges, les résidences privées d’abolitionnistes et de d’acteurs du chemin de fer clandestin, ainsi que les édifices liés aux activités abolitionnistes, devenaient des refuges malgré le risque important encouru par leurs propriétaires. Ces refuges garantissaient la sécurité des personnes en quête de liberté et facilitaient leur transition d’une étape à l’autre. En fournissant de la nourriture, des vêtements et un soutien émotionnel pour le bien-être des personnes en quête de liberté, ces refuges servaient d’espaces de répit, procurant espoir et secours aux Afro-Américains réduits en esclavage en quête de libération.
Comme bon nombre d’autres conducteurs, Harriet Tubman a eu recours à plusieurs refuges sûrs pour guider les fugitifs en quête de la liberté durant ses nombreux périples. De nombreuses opérations du chemin de fer clandestin demeurent obscures – en raison d’une volonté délibérée de préserver l’anonymat des personnes impliquées. Cela a entrainé un manque de documentation et à une grande méconnaissance de l’identité de la plupart des refuges.

Figure 2. Publicité de William Still sur un Prospectus/Panneau d’affichage pour une Maison-refuge, vers 1870. Photo tirée du Fonds de la famille Rick Bell, RG 63, Archives et Collections Spéciales de l’Université Brock, prise par Blessing Ogunyemi, St. Catharines, Ontario, octobre 2024.
Toutefois, l’une des sites célèbres ayant servi de refuges sûrs, outre la maison de Levi Coffin, était la demeure de William Still à Philadelphie. Ce dernier était un pionnier du chemin de fer clandestin reconnu pour avoir aidé 800 personnes réduites en esclavage à s’évader. Il accueillait des personnes en quête de liberté, prenait soin d’elles pour les préparer à la prochaine étape de leur voyage. Il les interrogeait et consignait leurs récits dans l’espoir de reconstituer des familles. D’autres, tels que Joseph C. Bustill et des abolitionnistes Quakers comme Thomas Garrett et John Hunn, ont transformé leurs domiciles en refuges pour le chemin de fer clandestin – subissant les conséquences judiciaires en raison de leurs actions.
Même si Harriet Tubman a souvent recouru à des lieux non identifiés comme refuges à St. Catharines, au Canada, l’Église Épiscopale Méthodiste Britannique, aujourd’hui dénommée Chapelle Salem Église Épiscopale Méthodiste, a été un refuge important pour les personnes en quête de liberté. Elle était au cœur des mouvements et des activités abolitionnistes où Harriet Tubman célébrait son culte, organisait des rassemblements et élaborait des stratégies pour soutenir les esclaves à se libérer de leur servitude.
Parmi les autres lieux notables de refuge au Canada, on peut citer l’Église Méthodiste Épiscopale Africaine de Nazrey, qui fait partie du musée de la Liberté d’Amherstburg, ainsi que l’Église Baptiste Sandwich First de Windsor. Le site historique John Freeman Walls à Lakeshore et la maison de James Wesley Hill à Trafalgar Township, aujourd’hui Oakville, ont également joué des rôles cruciaux en offrant refuge et assistance à ceux qui fuyaient l’esclavage.
Ces maisons refuges étaient plus que des édifices physiques ; elles étaient des carrefours stratégiques au sein d’un réseau de résistance, des symboles de défi et de résilience collective. Si une documentation minimale aurait pu pallier le manque d’informations concernant l’identité des anciennes maisons de refuge, la gentrification et la transformation urbaine de St. Catharines et dans d’autres régions du Canada ont joué un role déterminant dans la disparition des rares traces restantes. Néanmoins, l’héritage de ces refuges se perpétue à travers les récits de ceux qui ont trouvé la liberté en leur sein.