Au-delà des monuments, vers la justice : repenser notre façon de commémorer l’histoire des Noirs

Figure 1. Gabriela Sealy, Blessing Ogunyemi et Emilie Andrée Roumer Jabouin en train de visiter le Musée de la Liberté d’Amherstburg. Photo par Alex Allasra, prise à Amherstburg, Ontario, en octobre 2024.
Quelle serait la conséquence au-delà de la simple structure lorsqu’on détruit, néglige ou efface délibérément des lieux physiques chargés d’histoire ? Est-ce le signe d’une défaillance dans la protection du passé ou d’un effort intentionnel de transformer la mémoire collective ? Comment identifier les récits historiques qui perdurent sans ancrage matériel ? Dans quelle mesure est-il possible de démontrer notre capacité à raconter notre histoire? Les mots peuvent-ils à eux seuls porter le poids de l’histoire, ou deviennent-ils fragiles, susceptibles d’être modifiés ou omis ?
L’impératif n’est peut-être pas tant de déterminer ce que nous pouvons raconter, mais plutôt ce qui nous est permis de divulguer. Qui décide de ce qui doit être gardé en mémoire et de ce qui doit passer sous silence ? Quels sont les espaces dédiés à ces récits et quel est leur cadre réglementaire ? L’effacement de l’histoire n’est généralement pas le fruit du hasard ; il est souvent savamment orchestré, résultat d’un effacement systématique. Dans une ère où l’accès à l’information est de plus en plus régulé, notre capacité à définir et à préserver la vérité est également soumise à contrôle.
Même si de nombreux sites mettent en valeur l’héritage et les accomplissements d’Harriet Tubman, qui sont incontestablement significatifs, ils demeurent néanmoins insuffisants. Si la rue où elle a vécu au Canada a été rebaptisée en son honneur, refléterait-elle pleinement ses contributions ou ne serait-ce qu’un aspect de son œuvre ? Faire inscrire son nom sur une plaque ou un édifice est un geste symbolique, mais ces gestes à eux seuls ne garantissent pas la pérennité de la mémoire.
Les récits de l’ingéniosité stratégique, du courage et de la détermination indéfectible d’Harriet Tubman en faveur de la justice méritent une plus grande reconnaissance. Dans un monde où les voix peuvent être réduites au silence, les archives effacées et l’histoire réécrite, la sauvegarde de la mémoire devient un acte de résistance. Il est donc essentiel d’aller au-delà d’une simple commémoration. Il nous faut davantage d’espaces dédiés à l’apprentissage et à l’engagement, des lieux qui garantissent que les contributions de nos ancêtres soient non seulement reconnues, mais aussi pleinement comprises.
La véritable commémoration ne consiste pas à ériger des monuments, mais à promouvoir la compréhension. Il s’agit de veiller à ce que le courage et le sacrifice d’Harriet Tubman, ainsi que les histoires de tant d’autres, ne soient pas reléguées aux marges de l’éducation, mais pleinement intégrées dans notre manière d’enseigner, d’apprendre et d’interagir avec l’histoire. Cela nécessite la création de musées dédiés à l’exposé approfondi de ces récits, une société qui défend les principes de justice et d’équité, et, surtout, un système éducatif qui ne considère pas l’histoire des Noirs comme une préoccupation secondaire.
Aussi longtemps que l’histoire des Noirs ne sera pas reconnue comme fondamentale pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, notre mémoire demeurera partielle. L’enseignement de l’histoire des Noirs ne se résume pas à une démarche d’inclusion, mais s’apparente plutôt à un acte de vérité, et cette vérité est non-négociable.
Dre Rosemary Sadlier, une fervente défenseure du Mois de l’histoire des Noirs au Canada, fait le point sur les progrès accomplis et les défis à relever. Elle souligne que l’identité et l’histoire des Noirs ne se résument pas à un mois précis, soulignant la nécessité d’une éducation continue sur l’histoire des Noirs tout au long de l’année.