La vie au Canada
La vie des Chinois au Canada pendant la période d’exclusion était régie par un ensemble de lois et de pratiques administratives qui limitaient les endroits où ils pouvaient vivre, travailler et s’intégrer. Ces conditions n’étaient pas le fruit du hasard ou de circonstances individuelles. Elles étaient le résultat de politiques gouvernementales visant à restreindre l’établissement des Chinois et à gérer leur présence comme étant temporaire, conditionnelle et supervisée.
Au moment où la Loi de l’immigration chinoise de 1923 est entrée en vigueur, les communautés chinoises du Canada avaient déjà subi des décennies d’obstacles, notamment des taxes d’entrée, des restrictions professionnelles et des réglementations discriminatoires. La loi de 1923 a intensifié ces conditions en mettant fin à la plupart des immigrants légaux en provenance de Chine et en introduisant un système national d’inscription pour ceux qui se trouvaient déjà dans le pays. Pour les résidents chinois, l’exclusion ne signifiait pas l’expulsion. Elle signifiait vivre dans un système destiné à empêcher la permanence.
Vie économique
La vie économique était l’un des domaines qui connaissaient les plus grandes restrictions. Les travailleurs chinois étaient exclus de nombreuses professions et métiers qualifiés en raison des règles d’octroi de licences, des pratiques syndicales et des obstacles informels à l’embauche. Même lorsqu’il y avait du travail, les possibilités d’avancement professionnel et la sécurité de l’emploi étaient limitées. Ces contraintes ont poussé de nombreux Canadiens d’origine chinoise à exercer des professions limitées : blanchisseries, restaurants, maraîchage et commerce de détail. Ces activités exigeaient de longues heures de travail, la mise en commun des ressources familiales et l’adaptation à des réglementations changeantes qui pouvaient perturber les moyens de subsistance de manière imprévisible.
La vie familiale était façonnée par la politique. Les lois sur l’immigration rendaient extrêmement difficile pour les hommes chinois de faire venir leurs femmes ou leurs enfants au Canada et pour les femmes et les familles de s’y installer de façon permanente. Il en résultait des communautés où la séparation outre-mer était courante et prolongée. L’absence des familles n’était pas une préférence culturelle, mais l’effet voulu d’une loi d’exclusion. Pour les femmes et les enfants qui ont réussi à arriver au Canada, la vie restait incertaine, dictée par les exigences en matière de documentation et une protection juridique limitée.
Moins de 50
L’interdiction était en vigueur pendant 24 ans, jusqu’en 1947, ce qui a effectivement fermé les portes du Canada aux immigrants chinois. Moins de 50 ont été admis pendant toute cette période.
Vie quotidienne
La vie quotidienne impliquait une interaction constante avec l’État. Les résidents chinois devaient se faire inscrire, porter sur eux des certificats, fournir des photographies et rendre compte de leurs déplacements d’une manière qui n’était exigée d’aucune autre population. Les voyages, l’emploi et même le logement pouvaient dépendre de la présentation du bon document au bon moment. Il fallait prouver son identité à maintes reprises.
Ces contraintes juridiques étaient renforcées par l’exclusion sociale. Les Canadiens d’origine chinoise étaient victimes d’hostilité dans les domaines du logement et de l’éducation, et ne disposaient d’aucun recours juridique efficace contre la discrimination. Malgré cela, les communautés ont formé des réseaux de soutien par le biais d’associations familiales, de sociétés caritatives et d’entreprises communes. Ces institutions ont aidé les gens à gérer leur vie quotidienne, à maintenir leurs liens culturels et à se soutenir mutuellement en l’absence d’une protection plus large.
Comprendre la vie pendant la période d’exclusion signifie reconnaître que les difficultés n’étaient pas fortuites, mais orchestrées. Les hommes, les femmes et les enfants qui les ont supportées ne l’ont pas fait parce qu’ils manquaient d’ambition ou d’adaptabilité, mais parce qu’on leur refusait les libertés ordinaires qui permettent de mener une vie stable et digne.
Leur survie n’est pas la preuve de l’équité du système, mais de leur extraordinaire persévérance au sein de celui-ci.