Sergent Billy Kong Lee, Winnipeg, Manitoba, matricule K7597

…nombre de ces Chinois légers sont probablement aussi robustes pour l’exercice militaire qu’un homme blanc bien plus lourd.

― Herbert Sichel, SOE

Billy Kong Lee était un Canadien de deuxième génération d’origine taishanaise. Il est né en 1923 à Winnipeg, où ses parents tenaient le Navin Café, où ils servaient un quartier peuplé par les classes ouvrières près du CP. Son père, Kin Sow Lee (1888–1967), a travaillé pendant dix-sept ans avant de pouvoir regrouper sa famille en payant 600 $ de taxes d’entrée. La mère de Billy, Shee Mark (1889–1929), accompagné de deux filles, a rejoint son mari en 1920. La famille n’est pas restée à Winnipeg. La mère de Billy est décédée alors qu’il n’avait que cinq ans, laissant Kin Sow seul pour s’occuper de huit enfants de moins de huit ans. Cherchant peut-être de l’aide pour élever sa famille, Kin Sow s’est installé dans le quartier chinois de Vancouver, où il a travaillé comme cuisinier. Billy a grandi à Vancouver et a été scolarisé à Strathcona Elementary, Vancouver Technical et la Grandview High School of Commerce sur l’avenue First et Commercial. Lorsqu’il s’est engagé à l’âge de 21 ans, il avait travaillé comme cuisinier, comme riveteur et comme serveur.

Détails de l’image — Portrait en noir et blanc du sergent B.K. Lee, date inconnue
Le sergent B.K. Lee, date inconnue

Petit par la taille, grand par la volonté

Lee mesurait 161 cm (5’3 ½”) et pesait 51 kg (112 lb). La taille moyenne des Sino-Canadiens qui pouvaient s’engager avait été limitée, mais ils avaient des soutiens dans le SOE. Lee a rejoint le Corps du génie royal canadien. Il s’est engagé en tant que sapeur, l’équivalent du grade de soldat dans le corps du génie et, grâce à son soutien au combat et à son attachement au Special Operations Executive, a été promu au grade de sergent. Sa promotion témoigne du fait qu’il a fait preuve de direction, de compétences techniques et de fiabilité dans des opérations spéciales à haut risque, plutôt que d’ancienneté ordinaire. 

Le Special Operation Executive a estimé qu’il « correspondait bien au type requis pour la formation sur les émetteurs sans fil » et l’a envoyé passer sa formation de base avec 24 autres à Chilliwack, en Colombie-Britannique, dans le cadre de la première conscription de Sino-Canadiens. 

Vous vous réjouirez de savoir que Londres est effectivement très satisfait de la première conscription de Chinois. Ils les tiennent en très haute estime et en ont déjà déployé la majorité en Inde par avion.

― SOE de New York à Toronto, 6 mars 1945.

Formation intense à la survie

Le sapeur Lee, avec vingt autres Sino-Canadiens, est arrivé en Inde le 4 avril 1945. Ils ont été envoyés à Pune, sur le Kharakvasla Lake, pour être formés à l’Eastern Warfare School d’Inde, appelée EWS(I). Lee a terminé sa formation en quatre mois et a été promu de trois grades, devenant sergent.

Détails de l’image — Carte de l’Inde en noir et blanc indiquant l’emplacement de Pune, sur le Kharakvasla Lake, au sud-ouest de Mumbai, en Inde
Carte de l’Inde indiquant l’emplacement de Pune, sur le Kharakvasla Lake.

Les formations étaient intenses. Le parcours dans la jungle durait trois semaines et enseignait aux hommes des compétences pour cuisinier, porter les premiers secours et utiliser le bambou pour construire des abris, des pièges et des armes. La formation de dix jours en milieu marin enseignait les bases de la navigation, le débarquement sur les plages, le pagayage, le sauvetage, la gestion des embarcations (par exemple, les canots, les youyous et les « folboats », ou bateaux pliables), et la façon de remorquer du matériel. La formation de base sur les émetteurs sans fil durait treize semaines, avec une formation avancée si l’élève démontrait une aptitude pour ce travail. En moyenne, une formation complète sur les émetteurs sans fil (W/T) durait de 3 à 5 mois. La vitesse et la précision faisaient l’objet de tests fréquents, en classe et sur le terrain, avec un objectif de vingt mots par minute. Les hommes apprenaient aussi à utiliser le chiffrage et les codes et à entretenir les machines. Les compétences paramilitaires incluaient l’exercice physique avant le déjeuner, 2,5 heures de matelotage par semaine, des démolitions, le renseignement sur l’ennemi, les techniques de terrain, la lecture de cartes et de boussoles, la façon de tuer en silence et l’utilisation des armes. Pour le combat à mains nues, les hommes s’entraînaient à la boxe, aux techniques de coups de pied, à la manipulation des couteaux, au désarmement et à la prise en charge de prisonniers. Au fil du temps, l’école associait la W/T aux compétences paramilitaires afin de créer des conditions d’entraînement réalistes. 

Certains élèves étaient sélectionnés pour être formés au sabotage industriel. Cette formation comportait des cours magistraux sur les cibles industrielles, des démonstrations pratiques de destruction et des visites sur les bassins portuaires, centrales électriques et réseaux de télécommunications locaux. Les élèves étaient notés sur leur capacité à évaluer correctement la meilleure méthode pour détruire une cible. 

Le SOE préparait la formation et l’équipement de ses équipes. Pour 100 hommes en Malaisie, la liste des équipements prévoyait 54 carabines .30, 42 pistolets-mitrailleurs STEN, 4 fusils-mitrailleurs Bren, 2 PIAT, 1 antichar, 240 grenades et 17 pistolets Browning. Les munitions (mensuelles) étaient estimées à 6 720 balles de calibre .30, 7 000 balles de 9 mm, 6 720 balles de calibre .303, 36 PIAT et 240 grenades. Lee était un soldat exemplaire et a été envoyé suivre une formation opérationnelle avancée à Ceylan.

Détails de l’image — Image d’une carte de la Malaisie indiquant les différents « niveaux » d’occupation japonaise en fonction de la région.
Carte indiquant les différents « niveaux » d’occupation japonaise en fonction de la région.

La Malaisie occupée par les Japonais

Le sergent Lee a été le dernier Sino-Canadien à servir en Malaisie, lors de l’opération Snooper, une sous-opération de l’opération Carpenter. Les objectifs de l’opération Snooper étaient de fournir des communications par émetteur sans fil, de trouver les camps de prisonniers de guerre (POW), de supprimer les activités de guérilla et d’empêcher les insurgés d’acquérir des armes japonaises.

Le sergent Lee et son équipe ont été parachutés dans le Johor le 24 août 1945, une semaine après la déclaration du cessez-le-feu. Il y avait alors plus de 77 000 soldats japonais en Malaisie. Une fois parachutés, ils ont parcouru la chaussée Johor-Singapour, où ils ont rencontré le commandant de la Septième armée régionale du Japon, qui s’est rendu. Ils ont été envoyés au camp de prisonniers de guerre de Changi, à Singapour, le 30 août 1945. Ayant trouvé les camps sans surveillance, le sergent Lee a envoyé des messages codés au QG de la F136 pour demander de la nourriture et des médicaments. En septembre, il y avait 371 membres de la F136 en Malaisie, dont neuf étaient des Sino-Canadiens. La Force 136 a été dissoute en janvier 1946 et les soldats ont été rapatriés.

Le sergent Billy Kong Lee est décédé en 1988 à l’âge de 64 ans et a été inhumé à Lethbridge, en Alberta.