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À la découverte du journalisme au début du XXe siècle

La salle de rédaction, telle une ruche d’abeilles, était en perpétuelle activité. Dans une cacophonie totale, les journalistes allaient et venaient, la fumée de cigarettes embrumait la pièce et les bruits des dactylos et du téléphone s’ajoutaient à celui des presses qui étaient dans une salle adjacente.

Photographie embrumée en noir et blanc de la salle de rédaction du journal La Semaine. À l’arrière de la pièce, six hommes et une femme se tiennent près d’une presse. Au centre de la photographie, un homme est debout derrière trois tables pleines de journaux. À gauche de la photographie, une femme et une autre personne s’appuient sur un bureau.

Salle de rédaction du journal La Semaine

Les journaux de la région, dont Le Nouvelliste, Le Bien Public et L’Écho du St-Maurice, engageaient quelques femmes à titre de chroniqueuses ou de rédactrices de la page féminine.  Dans ces sections du journal, la culture artistique et intellectuelle de la femme était valorisée. La page féminine était rédigée avec élégance, la plume des journalistes y était lyrique et des rubriques étaient consacrées à la poésie.

En plus d’analyses littéraires professionnelles et passionnées, on y trouvait des critiques théâtrales et musicales. Au bonheur des dames, des sujets tels que la mode, la cuisine, la famille, la place de la femme dans la société, les travaux domestiques et les nouvelles locales y étaient abordés. Tel un courrier du cœur, les abonnées pouvaient transmettre par envoi postal leurs inquiétudes à la rédactrice, qui répondait à leurs interrogations dans sa prochaine chronique.

Illustration d’une femme tenant une tarte au-dessus de cinq personnes assises à une table. En bas de l’illustration, on peut lire une publicité intitulée: « La Ménagère Idéale N’emploie que la ‘’farine Régal’’ ». Le bas de l’illustration contient une image d’un sac de farine suivi de « Farine Regal » d’écrit en gros titre.

Publicité de l’Écho du saint-Maurice en 1924

 

À l’occasion de cette première journée de travail au Nouvelliste, il me tardait, lors de la visite des lieux par le rédacteur en chef Hector Héroux, de rencontrer la rédactrice de la page féminine du Nouvelliste, « pour nos lectrices », qui signait du nom de plume Tante Yvette. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque, face à cette personne, je compris qu’Yvette n’était pas une femme, mais bien un homme!

Sur le coup, j’ai eu beaucoup de difficulté à cacher ma déception. Je trouvais injuste que le poste de rédactrice ne soit pas attribué à une femme, elles qui ont tant de mal à se faire une place dans le journalisme. Onésime Héroux écrivait la page féminine depuis 1924 sous les pseudonymes de Mademoiselle Hectorine, puis de Tante Yvette.

Je crois que le fait que ce journaliste choisisse de tels noms de plume témoigne de l’importance que l’on conférait à la figure féminine pour la rédaction de cette page. On estimait sans doute que les femmes se reconnaîtraient davantage dans les propos de leurs semblables. Néanmoins, cela indique également qu’on ne les croyait pas nécessairement capables de rédiger pour elles-mêmes!