Passer au contenu principal

Lettre au Nouvelliste, 18 août 1957

À l’attention du rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste

Candidature pour le poste de journaliste; lettre de motivation

18 août 1957

Cher rédacteur en chef,

Je me nomme Henriette Trépanier et je suis, depuis ma tendre enfance, une fidèle lectrice du journal Le Nouvelliste. Je caresse le rêve d’intégrer vos rangs, à titre de journaliste. J’ai de l’expérience sur le terrain, étant correspondante dans la région de La Tuque depuis six ans.

Je constate que les temps changent vite en journalisme. Les femmes disposent de plus en plus d’une voix et d’une tribune en société. Effectivement, notre place dans la presse semble se confirmer, maintenant que nous n’avons plus besoin d’un nom de plume pour nous exprimer publiquement. Par exemple, depuis peu, mon amie Jeanne L’Archevêque-Dugay a signé un article portant sur la famille dans le journal La Chronique de la Vallée.

Bien que la rédaction des pages féminines soit depuis longtemps notre spécialité, nous, journalistes féminines, sommes capables de plus. La journaliste Claire Roy, qui soutient ma candidature pour le poste de journaliste, a d’ailleurs démontré que nous sommes toutes aussi compétentes que nos homologues masculins.

La récente embauche de la fille de Claire Roy au Nouvelliste, Michelle Roy, me laisse croire qu’il y a des places disponibles pour les femmes dans le milieu de la presse écrite.

Photographie en noir et blanc d’une sœur assise sur une chaise au monastère des Ursulines. Elle tient la main de Michelle Roy, qui est assise sur un lit à sa droite.

Michelle Roy au Monastère des Ursulines avec une sœur fêtant ses 100 ans

Photographie en noir et blanc d’un article du Nouvelliste du 10 mai 1962. Au haut de l’illustration on peut lire : « Michelle Roy, lauréate d’un concours national de poésie canadienne ».

Article du Nouvelliste sur Michelle Roy

 

À mon avis, cet avancement des femmes en journalisme est possible grâce à l’amélioration de la condition féminine en société. Je remarque que les femmes prennent de plus en plus la parole. La jeune Janette Bertrand, qui est une de mes sources d’inspiration, croit, comme moi, que l’émancipation féminine est à privilégier.

L’abolition, en 1954, du double standard en matière de séparation de corps des époux en cas d’adultère, qui réduit, sans éradiquer, les inégalités au sein du couple, est un signe prometteur de cette émancipation.

Merci de prendre quelques instants pour considérer ma candidature pour un poste en tant que journaliste au sein de votre organisation.

Henriette Trépanier