Lettre à Henriette, 24 mars 1974, au Wisconsin
24 mars 1974
Chère Henriette, ma vieille amie,
Tu sais comme j’aime t’exprimer mes questionnements et réflexions sur la vie qui nous entoure. Maintenant que nous avons la sagesse et l’expérience de l’âge d’or, je tenais à t’exprimer, non pas sans vexation, que tu avais raison. Je sais que nous n’avons pas toujours été d’accord au sujet du droit de vote aux femmes et de leur émancipation en société.
J’ai longtemps défendu que les affaires du pouvoir, qui s’opèrent dans un milieu compétitif et très rude, ne soient pas du ressort de la gent féminine. Je n’étais pas aussi radicale que toi en la matière; j’encourageais et j’envisageais l’engagement politique féminin uniquement dans une optique de défense des intérêts de la sphère domestique et de la famille.
J’ai longtemps douté de la capacité des femmes à intervenir dans un milieu d’hommes, notamment puisque je pensais que nos « qualités » féminines, de serviabilité et d’amabilité étaient incompatibles avec la prise de décision. Je suppose que la manière dont nous sommes élevées joue pour quelque chose…
C’est l’une de mes amies et correspondante, par le biais de ses articles féministes, qui m’a mené à tous ces constats. Elle se nomme Doris Hamel et elle rédige des articles rafraîchissants « Interdits aux hommes » qui encouragent les femmes à voir et à développer leur potentiel professionnel.
Tu es chanceuse. Le mois passé, Doris m’indiquait que vous aviez la chance d’avoir une femme impliquée en politique en Mauricie. Cela démontre que les temps ont véritablement changé. Elle se nomme Paulette Cossette et elle est parmi les premières à occuper le poste de conseillère municipale. Elle demeure à Saint-Georges-de-Champlain, près de Grand-Mère. En as-tu entendu parler ? Doris vient d’en faire un reportage. Elle-même dit que :
Une femme peut réussir aussi bien qu’un homme, avec les mêmes moyens.
– Paulette Cossette, 1968
Cela m’amène à réfléchir sur nos dernières années. J’espère que tu ne m’en voudras pas d’avoir compris, assez tard, que les femmes ont leur place en dehors du foyer. J’ai bien hâte de te donner des nouvelles à ce sujet!
Ta très chère amie,
Brigitte

