Lettre à Claire Roy, 2 juin 1952, à La Tuque
1952
Chère Mme Roy,
Je me présente, je me nomme Henriette Trépanier et je suis correspondante pour Le Nouvelliste dans la région de La Tuque depuis la création du bureau de correspondance en 1951. J’aimerais m’entretenir à propos de certaines préoccupations et questionnements concernant la société et la culture d’aujourd’hui.
Les droits des femmes et des familles sont des sujets qui me touchent beaucoup. J’aurais aimé pouvoir écrire des articles à ce propos. Pensez-vous que cela me serait possible? Nous avons le droit de voter dorénavant, et j’en suis heureuse, mais nous ne pouvions toujours pas retirer nos allocations familiales, puisque les chèques se rendaient, par le passé, à nos maris.
Plusieurs batailles restent à mener. Vous m’en trouverez peut-être ambitieuse, mais j’aspire à me battre aux côtés de militantes, telles que Mme Thérèse Casgrain, Mme Florence Fernet-Martel, qui ont fait en sorte qu’un problème tel que celui des allocations familiales soit réglé en cette année 1952. Elles ont livré un combat acharné contre les hommes politiques et l’Église catholique.
Sur une autre note, je suis inquiète de l’influence de l’Église sur les femmes membres d’associations catholiques. Certaines femmes des Cercles des fermières et de l’Union catholique des fermières ont retourné leur chèque au gouvernement. N’ont-elles pas besoin d’un répit financier après toutes ces années passées sous le signe du rationnement ?
Avec l’initiative de Mme Thérèse Casgrain, la Commission Méthot aborde la levée de l’incapacité juridique de la femme mariée, le droit du conjoint survivant et des enfants de réclamer des subsides à la succession et des amendements aux régimes matrimoniaux. Pour ma part, j’espère que nous aurons droit au moins à notre capacité juridique.
Le Nouvelliste semble vouloir prendre de l’ampleur, depuis qu’il a installé un bureau à Shawinigan en 1936 et un autre à Saint-Tite l’année dernière et celui de La Tuque cette année. Depuis peu, j’entends parler d’une ouverture imminente à Louiseville. Il me semble que ce serait une belle occasion pour embaucher de nouveaux journalistes, et plus particulièrement, des femmes journalistes !
Sur ces bonnes nouvelles, j’espère avoir la chance de vous rencontrer prochainement dans la cadre de la Société d’études et de culture Mauricie. Vous m’aideriez à réaliser l’un de mes plus grands rêves et je souhaite ardemment que notre population soit renseignée davantage sur ces sujets qui me semblent des plus grandes priorités.
Bien à vous,
Henriette



