Lettre à Brigitte, 2 septembre 1945, à La Tuque
Chère Brigitte, ma chère amie,
Comme tu sais, aujourd’hui, le 2 septembre 1945, je viens d’entendre à la radio que le Japon a capitulé. Quelle joie ! Pour ma part, les temps s’améliorent par ici. Qu’en est-il de ton côté, aux États-Unis ? Certaines de mes amies travaillaient jours et nuits pour l’effort de guerre et pendant ce temps, je suis devenue correspondante auprès du journal Le Nouvelliste à La Tuque. Je sens que je me rapproche de mon rêve de devenir journaliste… Enfin!
Tellement de choses se sont passées depuis 1940… la conscription de 1944, qui a mené à l’enrôlement des hommes dans les forces armées… l’arrivée des femmes dans les usines… même que le droit de suffrage féminin au provincial a été attribué en 1940!
Certains progrès attendent toujours. Maurice Duplessis au pouvoir depuis 1944, refuse toujours de nous accorder le droit de signer des contrats financiers, d’être propriétaires ou d’exécuter un testament sans l’accord de notre mari.
Il y a aussi du progrès ailleurs au Canada ! Par exemple, de 1921 à 1940, Agnes Campbell Macphail est devenue la première femme élue à la Chambre des communes. Cela est un bon présage pour le futur des femmes en politique au Québec.
Pour Michelle Rempel Garner, députée conservatrice albertaine depuis 2011, l’anniversaire de l’élection d’Agnes Macphail devrait être un rappel que «nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.
– Ryan Maloney, Victoria Valido et Hannah Thibedeau,
CBC, 6 décembre 2021
Depuis que je suis arrivée au bureau du Nouvelliste à Shawinigan en 1942, je me rends compte que ce ne sont pas toutes les femmes qui sont en faveur du droit de suffrage. La Ligue catholique féminine du Québec, qui est active dans notre région, m’inquiète énormément. Guidées par le clergé, ses membres s’opposent au droit de vote des femmes et promeuvent l’interdiction des nouvelles tenues vestimentaires féminines ou le danger du cinéma.
Je continue de penser que c’est en occupant mon poste de correspondante dans la région de La Tuque que je pourrai mieux renseigner mes collègues sur ces différents sujets qui me préoccupent autant. Il est important de sensibiliser la population à propos des combats féministes en cette période difficile.
En attendant de tes nouvelles, je te transmets toutes mes amitiés,
Henriette








