Les premières chroniqueuses en Mauricie, 1928-1940
En octobre 1928, Onésime Héroux cède sa place à Hélène B.-Beauséjour, qui devient alors la première chroniqueuse féminine du journal. Hélène rédige chez elle, le soir, après avoir mis au lit les plus jeunes de ses dix enfants. Elle est rejointe à quelques reprises, à la fin de la décennie 1920, par Françoise Godet-Smet, la créatrice de la revue Paysanna.
Elle est peu présente au bureau, puisque le pupitre de la page féminine n’est occupé qu’à partir de 1939 par Françoise Godin. Plus tard, dans un hommage posthume, sa fille Margot écrit « Je la revois toujours à la nuit tombée assise à la table de la cuisine, noircissant de sa fine et élégante écriture des pages et des pages de nos cahiers d’écoliers inachevés ».
Malgré les difficultés financières rencontrées au cours de la Crise économique des années 1930, Hélène poursuit sa passion de l’écriture.
Comme le ciel et comme le pays, immense est la tâche de la femme qui, chaque jour dans les obscurs et multiples travaux, doit puiser l’énergie qu’il faut pour faire aussi bonne que possible la vie de tous les siens.
– Hélène B.-Beauséjour, 1950
Cette femme charmante m’a beaucoup appris sur le métier de chroniqueuse dès son arrivée au journal en 1928. Quelques années plus tard, j’ai également été inspirée par Adrienne Choquette, dont le parcours reflétait mes ambitions. Née à Shawinigan en 1915, Adrienne s’est orientée vers le journalisme dès l’âge de 18 ans.
J’ai découvert ses premières chroniques dans la page féminine « Madame, mademoiselle… et monsieur » du journal trifluvien Le Bien Public. Elle y a ensuite rédigé des nouvelles littéraires. Au cours de sa carrière, elle a collaboré avec une quinzaine d’autres journaux et de revues, dont Le Nouvelliste, et a écrit plusieurs recueils et livres, dont certains récits posthumes tels que Le temps des villages.
J’ai pris un grand plaisir à suivre son évolution, alors que j’entrais moi-même, à petits pas, dans le milieu journalistique.
Pour moi, je dois à mon village – ou à mon enfance- d’avoir appris à ne pas séparer le cœur humain d’avec lui-même […] précisément à cause de nos clôtures qui ceinturaient, pas seulement nos modestes jardins, mais qui barraient l’entrée à une confiance réciproque, j’ai peut-être appréhendé la cruauté du refus.
– Adrienne Choquette




