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Le rêve d’Henriette

Je me nomme Henriette Trépanier, je suis native de Trois-Rivières et j’ai toujours voulu être journaliste. Adolescente, je déjeunais en parcourant les pages des journaux Le Nouvelliste et Le Bien Public de Trois-Rivières. J’appréciais particulièrement la page féminine de ce dernier, intitulée « Le coin des dames ».

Sa rédactrice, Georgette Gilbert, qui signait de son nom de plume Fleurette de Givre, est vite devenue ma source d’inspiration. La lecture du journal était pour moi un rendez-vous matinal et je m’amusais, par temps libre, à griffonner des billets journalistiques.

Photographie en noir et blanc d’une femme assise à la table d’une cuisine qui lit le journal Le Nouvelliste. Une tasse, deux verres, deux cuillères, un couteau et un bol en forme de cygne contenant des fruits reposent sur la table devant elle.

Une lectrice assidue du Nouvelliste lit les nouvelles du matin

 
À l’âge de dix-huit ans, dans le but de poursuivre mon rêve, j’ai obtenu un rendez-vous d’embauche au journal Le Nouvelliste, auquel je me suis rendue par une journée pluvieuse au printemps de 1928. Mon père m’a déposé au bureau de l’édifice Lampron sur la rue Sainte-Marguerite à Trois-Rivières. Je me rappelle que je portais une robe que ma mère avait cousue pour l’occasion et les souliers à talons hauts de ma sœur Madeleine.

J’avais à la main un portfolio rempli de mes essais journalistiques, traitant notamment des bienfaits des dispensaires antituberculeux. L’article dont j’étais le plus fière était un texte engagé portant sur le droit de vote des femmes au provincial.

Nous avions obtenu ce droit au fédéral en 1918, mais depuis, le gouvernement Taschereau s’opposait aux revendications de militantes féministes. J’étais alors loin de me douter que le suffrage féminin ne serait accordé qu’en 1940 au Québec!

Photographie en couleur des statues en bronze de Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Idola St-Jean, Thérèse Forget-Casgrain et Marie-Claire Kirkland. Derrière eux se trouve un lampadaire et la devanture en brique de l’hôtel du Parlement du Québec.

Monument en hommage aux femmes en politique

Arrivée à la salle de presse du journal, j’y ai rencontré le président, monsieur Joseph-Herman Fortier, qui avait lui-même fondé Le Nouvelliste huit ans plus tôt. Bien qu’impressionné par mes textes, il m’a affirmé que le journalisme, et particulièrement le reportage, était presque exclusivement un milieu d’hommes.

Déçue, j’ai tout de même accepté le poste de secrétaire, qu’il m’a offert grâce à ma vitesse de frappe à la dactylo. Persévérante, je comptais bien faire mes preuves et gravir les échelons menant au journalisme…

Photographie en noir et blanc d’une femme qui dactylographie la conversation entre Émile Jean, directeur-gérant et Jos Lefebvre, directeur du service de publicité locale. Émile Jean, assis à un bureau, pointe sur une carte alors que Jos Lefebvre, debout à droite du bureau regarde la carte.

Une femme dactylographie les discussions de Émile Jean, directeur-gérant, assis au bureau, et Jos Lefebvre, directeur du service de publicité locale.