La notation musicale de l’opéra cantonais : comment l’écrire et l’apprendre

Contrairement à la musique classique occidentale, qu’on lit généralement à partir d’une partition (notation sur portée), la musique de l’opéra cantonais s’apprend traditionnellement par l’écoute, la répétition et l’apprentissage en atelier. Les musicien·ne·s et les chanteur·teuse·s se formaient à l’aide de l’enseignement oral et de répétitions en groupe plutôt que d’utiliser des partitions fixes, ce qui reflète la nature fluide et collaborative de cette forme d’art.

Pour les communautés de la diaspora chinoise au Canada, cet univers sonore a également été un moyen de maintenir leur lien avec leur culture et leur terre d’origine. Les mélodies, les styles de chant et les rythmes familiers portent en eux des souvenirs et des histoires communes, même si les communautés se sont adaptées à de nouveaux environnements.

Partitions écrites

Un système de notation couramment utilisé pour la musique chinoise moderne est le jianpu (简谱), ou la notation chiffrée. Vous verrez ci-dessous un magnifique exemple de partition, écrite à la main par Raymond Jai, qui illustre comment la musique pouvait être transcrite et partagée. La notation écrite est devenue un autre moyen de transmission, permettant aux gens de répéter, d’apprendre et d’interpréter des chansons dans le confort de leur maison et au sein de leurs communautés.

Partition écrite en notation musicale chiffrée (jianpu) dont les caractères et les chiffres sont disposés en colonnes nettes et uniformément espacées pour indiquer le phrasé musical.
Agrandir l’image — 《禪院鐘聲》(Son de la cloche monkery) [Notation et titre en anglais]

Hauteur

Les chiffres 1 à 7 représentent les notes d’une gamme; ils indiquent une hauteur relative et non des notes fixes, ce qui permet de transposer facilement les mélodies en fonction des chanteur·teuse·s ou des instruments.

Octaves

Les points disposés au-dessus d’un chiffre indiquent des octaves plus hautes, tandis que ceux sous un chiffre indiquent des octaves plus basses.

Rythme et durée

La durée rythmique est indiquée à l’aide de traits horizontaux :
Aucun trait = durée de base (souvent comparable à une noire)
Un soulignement = moitié de la durée de base (comme une croche)
Deux soulignements = quart de la durée de base (comme une double croche)
Les notes plus longues peuvent être prolongées par des tirets.

Silences

Les silences sont notés par le chiffre 0. Comme pour les notes, la durée est indiquée par l’espacement ou par des traits sous le chiffre, plutôt que par des symboles de silence distincts.
0 = bref silence
0 or 00 = silences prolongés

Ci-dessus, une partition manuscrite de Raymond Jai en jianpu (簡譜), un système de notation musicale basé sur des chiffres largement utilisé dans les traditions musicales chinoises. Il utilise des chiffres pour la gamme, à l’instar du solfège (« do, ré, mi »). Ce système n’est pas une partition fixe; il sert plutôt de guide, permettant aux chanteur·teuse·s et aux musicien·ne·s d’ajouter des ornements, d’ajuster le rythme et de s’adapter sur le vif pendant une représentation.

Bon nombre de Canadiennes et Canadiens d’origine chinoise n’ont pas appris à lire le chinois dans leur enfance, comme Beatrice et Julie Jai. Pour leur permettre tout de même d’apprendre et d’interpréter les chansons, les paroles sont donc accompagnées de leurs transcriptions phonétiques. Ces adaptations montrent comment la tradition a évolué pour demeurer accessible au-delà des langues et des générations.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;"> Une feuille de paroles manuscrites en chinois, avec la transcription phonétique ajoutée à côté des caractères pour indiquer la prononciation.</span>
Paroles manuscrites en caractères chinois de certains passages du Son de la cloche monkery《禪院鐘聲》, accompagnées de leur transcription phonétique.

Pour apprendre cette musique par moi-même, j’ai converti la notation chiffrée en notation occidentale sur portée, ce qui m’a permis de jouer la pièce au piano et de comprendre la mélodie. J’ai également enregistré le morceau, afin que vous puissiez l’écouter et le suivre en comparant la manière dont le jianpu se traduit en notation occidentale.

Ensemble, ces différentes méthodes – enseignement oral, partitions manuscrites, guides phonétiques et transcription – montrent comment on continue de transmettre, d’adapter et de garder en vie la musique d’opéra cantonais.

Écouter l’audio — Extrait d’un enregistrement du Son de la cloche monkery《禪院鐘聲》par Karen Tam <span style="font-weight: 400;">Partition de la pièce </span><i>Son de la cloche monkery</i><span style="font-weight: 400;"> en notation occidentale sur portée.</span>
Karen Tam interprète la pièce Son de la cloche monkery 《禪院鐘聲》, composée par Cui Weilin (崔蔚林, 1911-1975) en 1939.