Les lieux où rayonne l’opéra

<span style="font-weight: 400;">Carte de l’Amérique du Nord dessinée à la main au stylo blanc sur un fond bleu cobalt, comportant de petites fenêtres mettant en évidence Honolulu, Guangzhou et Hong Kong.</span>
Agrandir l’image — Cartographie de l’opéra cantonais

Vancouver, Colombie-Britannique

Depuis plus d’un siècle, l’opéra cantonais fait partie intégrante de la vie du quartier chinois de Vancouver grâce à des générations de musicien·ne·s et de chanteur·teuse·s. Au début des années 1900, Vancouver servait de pont entre Hong Kong et le sud de la Chine, d’une part, et les États-Unis, le Mexique, Cuba et le Canada, d’autre part. Les représentations données dans les théâtres et les salles d’association offraient aux communautés de personnes migrantes l’occasion de se réunir, de se divertir et d’entendre les sons de leur terre d’origine.

Lorsque les troupes professionnelles itinérantes se sont faites plus rares et que des salles comme le Sing Kew Theatre ont disparu, des associations musicales amateurs ont vu le jour. Des associations telles que la Jin Wah Sing Musical Association et la Ching Won Musical Society (qui sont aujourd’hui les plus anciennes) sont devenues des piliers essentiels de la communauté en organisant des répétitions hebdomadaires, en prenant des repas en groupe et en chantant jusque tard dans la nuit. 

L’arrivée du maître de la musique Wong Toa de Hong Kong en 1961 a marqué un tournant décisif, influençant des générations d’artistes locaux et locales.

Depuis les années 1980, les vagues d’immigration ont élargi la participation à ces associations. Aujourd’hui, ce sont des femmes artistes et des organisatrices qui sont en avant-plan de la scène de l’opéra cantonais. Un exemple marquant est celui de la société Vancouver Cantonese Opera, fondée par Rosa Cheng en 2000. Cette société organise des représentations, offre des programmes de formation et fait découvrir l’opéra cantonais dans les écoles, soutenant ainsi les artistes en herbe et attirant des spectateur·trice·s de toute la ville.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Photo en noir et blanc au flou artistique d’une femme vêtue d’une robe de style occidental des années 1930, aux cheveux permanentés, debout devant un pupitre tandis que des personnes jouent de la musique autour d’elle.</span>
La Ching Won Music Society, avec Raymond Jai au violon, à Vancouver, dans les années 1930.

Nanaimo, Colombie-Britannique

Le théâtre Lun Yick Chinese Opera House, situé dans le quartier chinois de Nanaimo, pouvait accueillir 400 personnes et recevait des troupes en tournée qui se produisaient devant les communautés minières vers 1910.

Toronto, Ontario

La scène de l’opéra cantonais à Toronto s’est développée grâce aux associations d’art dramatique amateurs, aux clubs de musique et aux artistes de passage. Les troupes amateurs accueillaient toute personne intéressée, et les membres apprenaient ensemble les techniques de chant et de mouvement. Dans les années 1930, des artistes comme D.J. Lumb et son épouse Jean Lumb interprétaient fréquemment des rôles du genre opposé sur scène, témoignant de l’adaptabilité de l’opéra cantonais à ses débuts au Canada. En 1935, l’ancien quartier chinois comptait au moins trois théâtres d’opéra chinois, dont la Chinese United Dramatic Society (Lun Kiu) et la Ship Toy Yuen Dramatic Society. 

En 1963, Ho Sing-Wah, Billy Hoy, Raymond Jai, Beatrice Jai et d’autres ont fondé le Yet Hoy Cantonese Music Club, qui est rapidement devenu un lieu de rencontre pour les artistes du coin et les professionnel·le·s de passage, remplissant les théâtres et les salles du son des gongs et des chants.

Aujourd’hui, des organisations telles que le Starlight Chinese Opera, fondé en 2001 par Marianne Wong et actuellement dirigé par Alice Chan, perpétuent cette tradition. Les femmes jouent désormais un rôle important dans la direction artistique, la formation des artistes et l’implication de la communauté par le biais de répétitions, d’ateliers et de représentations.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Plan architectural dessiné à la main en bleu et blanc, représentant les façades (élévations) avant et latérale ainsi que le plan du sous-sol.</span>
Plans de construction d’une salle associative à Toronto, présentés pour le compte de la Chinese United Dramatic Society en 1940.

Montréal, Québec

L’opéra cantonais fait partie du quartier chinois de Montréal depuis le début des années 1900, d’abord sous forme d’événements privés organisés par des associations et animés par des amateur·trice·s du coin. À mesure que la communauté s’est agrandie, l’opéra a gagné les espaces publics. Entre 1913 et 1922, des artistes de passage se sont produit·e·s au Théâtre Royal de la rue Côté, permettant ainsi à un plus grand public de découvrir leur savoir-faire professionnel.

Bien qu’aucune troupe professionnelle permanente ne se soit installée à Montréal, plusieurs groupes amateurs importants ont gardé la tradition en vie. La troupe Han Yuen, soutenue par la franc-maçonnerie chinoise, a monté des productions dans des salles telles que le Monument-National, de 1954 jusqu’à la fin des années 1980. En 1970, un groupe de passionné·e·s a fondé le Club de musique cantonaise de Montréal Yuet Sing, dirigé par le percussionniste Cheng Chap Hei. Yuet Sing a présenté des opéras complets et a participé à des événements tels que la Fête de la Mi-Automne jusqu’au début des années 1990. Le groupe musical d’opéra cantonais de l’Association des Chinois du Vietnam, créé en 1987, s’est également produit lors de nombreuses célébrations communautaires. Aujourd’hui, Yuet Sing continue de tenir ses répétitions dans le quartier chinois et se produit lors de rassemblements publics et privés.

Voir la vidéo — [Un après-midi avec Yuet Sing] <span style="font-weight: 400;">Une scène pleine avec des chanteur·teuse·s debout au centre entouré·e·s de musicien·ne·s. Une banderole horizontale rouge avec du texte en caractères chinois est suspendue au-dessus de l’ensemble.</span>
Un concert du Club de musique cantonaise de Montréal Yuet Sing à PHI, situé à Montréal, en 2025. Ce spectacle a été présenté en parallèle à l’exposition Théâtre d’ombres de Lap-See Lam, qui s’inspirait de l’opéra cantonais et du théâtre d’ombres.

Victoria, Colombie-Britannique

Entre 1858 et 1885, cinq théâtres ont été construits à Victoria, où des représentations avaient lieu plusieurs fois par semaine. Ces grands bâtiments rectangulaires, dont l’intérieur était sobre, comprenaient des loges, une grande cuisine et des dortoirs pour les acteur·trice·s. Au début du 20e siècle, les projets de réaménagement et la négligence ont entraîné leur fermeture, et la construction de salles d’opéra par la communauté a fait place à la location de théâtres.

Los Angeles, États-Unis

Autrefois présenté dans les premiers théâtres du quartier chinois, comme le Chinese Opera Theatre, l’opéra cantonais est aujourd’hui préservé grâce à des représentations communautaires, à des artistes invité·e·s et à des groupes tels que la Perfect Harmony Cultural Exchange Association.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Coupure de presse montrant cinq artistes debout en rang, regardant un livre.</span>
Le journal La Presse du 12 janvier 1935 a consacré un article à la représentation de la Great China Opera Company au Grand Opera House de Los Angeles. Les artistes (de gauche à droite) sont Ngou Sue Nze, Sai Lai Har, So Jok Sin Tong, Tong Soo Sun Koon et Wong Lue.

Guangdong, Chine

Le Guangdong est l’un des berceaux historiques de l’opéra cantonais et un lieu de formation pour les artistes.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Première page d’un contrat de travail en caractères chinois écrit à l’encre et au pinceau. Le papier présente des plis, une décoloration et des traces d’humidité.</span>
Première page du contrat de travail conclu avec Xu Guang, acteur du Guangdong.

San Francisco, États-Unis

Des troupes effectuaient des tournées entre San Francisco, un pôle nord-américain majeur de l’opéra cantonais, et différentes villes canadiennes. Aujourd’hui, la tradition se perpétue dans des salles telles que le Great Star Theater.

Seattle, États-Unis

Des artistes d’opéra cantonais en tournée faisaient la navette entre Seattle et Vancouver, reliant ainsi les communautés de la côte Pacifique.

Portland, États-Unis

Des troupes de Portland se sont produites dans les théâtres chinois de Victoria dans les années 1880, et aujourd’hui, le Yat Sing Music Club, fondé en 1939, continue de tenir des répétitions et de présenter des spectacles d’opéra cantonais.

Chicago, États-Unis

Chicago est une escale habituelle pour les étoiles et les troupes d’opéra cantonais en tournée, qui se produisent devant le public du quartier chinois dans des théâtres et des salles communautaires.

New York, États-Unis

Un haut lieu de l’opéra cantonais depuis les années 1920, New York relie les circuits de tournée à travers l’Amérique du Nord, y compris le Canada, avec des groupes comme la Man Chee Dramatic & Benevolent Association de Manhattan qui préservent aujourd’hui la tradition.

Mexicali, Mexique

Au début du 20e siècle, la communauté chinoise de La Chinesca accueillait des troupes itinérantes d’opéra cantonais qui se produisaient devant les travailleurs et travailleuses migrant·e·s.

La Havane, Cuba

L’opéra cantonais a connu un grand succès dans des théâtres tels que le Teatro Chung Wa, et des archives révèlent des liens directs entre la scène opératique de La Havane et des familles chinoises installées à Montréal.

Honolulu, États-Unis

Dans les années 1920, des troupes venues de Vancouver et de Chine se sont rendues à Honolulu pour y présenter des spectacles d’opéra cantonais, faisant de cette ville une escale importante du circuit du Pacifique.

Halifax, Nouvelle-Écosse

Une petite communauté chinoise s’est formée à Halifax à la fin des années 1800, et aujourd’hui, des groupes comme Fai@Studio présentent des spectacles d’opéra cantonais et d’arts de la scène chinois.

Calgary, Alberta

L’opéra cantonais fait depuis longtemps partie de la vie culturelle du quartier chinois de Calgary, grâce à des groupes comme la Wah Kiu Musical Society et la Calgary Harmony of Arts Association, ainsi qu’au Calgary Chinese Cultural Centre, qui accueille des représentations.

Hong Kong

Il s’agit d’un centre majeur pour l’opéra cantonais où bon nombre d’artistes célèbres ont été formé·e·s et où des troupes itinérantes ont été créées.

Cette carte représente certains des événements historiques et des activités qui ont marqué le Canada. Cliquez sur les points d’intérêt pour en savoir plus.

Au Canada, l’opéra cantonais s’est d’abord popularisé à Victoria et à Vancouver grâce à des réseaux de tournées qui reliaient le sud de la Chine et Hong Kong aux Amériques. Entre les années 1920 et 1940, des troupes d’opéra professionnelles ont sillonné le globe, se produisant devant les communautés de la diaspora chinoise dans des villes telles que Honolulu, San Francisco, New York, Mexicali et La Havane. Ces circuits traversaient le Canada, suivant les voies ferrées et les quartiers chinois, faisant de Victoria, de Vancouver, de Toronto et de Montréal des escales importantes. Des troupes en tournée se sont également produites à Calgary, à Edmonton, à Winnipeg et à Moose Jaw. 

De 1923 à 1947, la Loi de l’immigration chinoise a pratiquement interdit toute forme d’immigration en provenance de la Chine. Cependant, les artistes pouvaient toujours entrer au Canada grâce à des permis temporaires et certain·e·s, comme Tse Gar Yin, ont même pu rester au pays.

Les clubs de musique amateurs ont joué un rôle crucial dans la préservation de cette tradition. À partir des années 1930, des adeptes d’opéra et des musicien·ne·s ont fondé des sociétés d’opéra. Ces troupes se sont produites dans des théâtres, des salles d’association et des espaces communautaires. La mise en scène minimaliste permettait d’adapter facilement les spectacles à de nombreux types de lieux.

Auparavant, les représentations attiraient souvent un grand nombre de spectateur·trice·s fidèles parlant cantonais, et les opéras complets faisaient salle comble dans des théâtres de plus de 1 000 places. Aujourd’hui, le public est souvent moins nombreux et vieillissant. Parallèlement, les interprètes explorent des formats bilingues plus courts, de même que des productions fusion de plus grande envergure, pour toucher un plus large public. Ces spectacles peuvent encore faire salle comble, surtout lorsqu’ils sont accessibles aux personnes qui ne connaissent pas l’opéra cantonais. Dans les grandes villes canadiennes, l’opéra cantonais reste une forme d’art captivante mais en constante évolution, soutenue par des communautés passionnées qui trouvent de nouvelles façons de séduire de futurs publics.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Une salle comble d’hommes, de femmes et d’enfants assiste au concert d’un orchestre cantonais sur une scène sobrement décorée de compositions florales et de petites banderoles.</span>
Après l’abrogation de la Loi de l’immigration chinoise en 1947, les familles ont pu se réunir et les théâtres se sont remplis d’hommes et de femmes, d’aîné·e·s et d’enfants.

L’auditoire a adoré l’histoire, surtout parce qu’elle était bilingue. L’opéra était donc plus facile à comprendre.

― Alice Chan, Starlight Chinese Opera