Mon intérêt pour l’opéra cantonais remonte à mon enfance, quand je passais mes fins de semaine et mes vacances scolaires chez mes grands-parents paternels. Des cassettes audio et des VHS jouaient en arrière-plan pendant que je m’amusais avec mes cousins, que mon grand-père lisait le journal en chinois et que ma grand-mère cousait des vêtements à la pièce. Les voix de fausset, accompagnées par les cordes et les percussions, résonnaient dans toute la maison. Encore aujourd’hui, écouter de l’opéra cantonais me rapproche de mes grands-parents.
J’ai conçu cette exposition comme un moyen de renouer avec ces souvenirs et de demander ce que ce style théâtral représentait et représente toujours au sein des communautés de la diaspora chinoise au Canada. Depuis la fin du 19e siècle, les personnes migrantes chinoises traversent l’océan Pacifique, apportant dans leurs bagages les récits, la musique et les pratiques de performance de l’opéra cantonais. En Amérique du Nord, cette forme d’art s’est adaptée avec plus de souplesse qu’en Chine. Dès 1915, des femmes et des hommes se produisaient ensemble sur certaines scènes canadiennes, avant que cette pratique ne soit courante dans certaines régions de la Chine.
L’opéra cantonais, l’une des principales formes d’opéra chinois, a vu le jour dans la province du Guangdong. C’est une forme de théâtre très stylisée, qui exige de maîtriser le chant (唱), l’élocution (唸), l’art du jeu (做) et les arts martiaux (打). Les artistes transforment la scène en palais, en champs de bataille ou en rivières au moyen d’accessoires et de mouvements minimalistes. L’opéra cantonais est également intimement lié à la spiritualité et aux rituels, les performances coïncidant souvent avec des festivals et des célébrations religieuses.
Aujourd’hui au Canada, il reste une forme d’art vivante et en
constante évolution. Les représentations continuent d’attirer des spectateur·trice·s tandis que des cours initient les nouvelles générations à ses traditions. Les artistes mettent en valeur les mouvements, les costumes et l’action dramatique afin que chaque personne de l’auditoire, peu importe son âge ou qu’elle parle ou non le cantonais, puisse suivre l’histoire. Cette souplesse permet à l’opéra cantonais de rapprocher les communautés, de transmettre des traditions aux nouvelles générations et de préserver un sentiment d’appartenance au sein des communautés cantonaises à travers tout le pays.
Cette exposition est née de mon exploration de ces traditions et de la conception de mon installation pour la Biennale d’art de Toronto 2024, intitulée Parfum des foudres, qui m’a servi de point de départ pour explorer la richesse et la vitalité de l’opéra cantonais au Canada, d’hier à aujourd’hui.