La scène de l’opéra cantonais est un espace d’imagination qui utilise seulement quelques éléments pour représenter un lieu ou une action. Deux chaises et une table sont le décor le plus emblématique de cet art. Grâce aux gestes et à la disposition de ces éléments, une table peut devenir une montagne, un pont, un trône ou un lit tandis qu’une chaise peut représenter un trône, une partie d’une montagne ou la porte d’une prison. Des accessoires tels que des éventails, des lanternes ou des cravaches symbolisent le vent, des déplacements ou une action. Les membres de l’auditoire complètent activement ces éléments minimalistes par leurs souvenirs et leur imagination, participant ainsi à la création de l’univers de la représentation.
Les théâtres étaient souvent des espaces simples et flexibles. Pour les festivals et les célébrations dans les temples du sud de la Chine et à Hong Kong, on construisait des théâtres temporaires à partir d’échafaudages en bambou et de toiles. Une toile de fond séparait la scène des coulisses, et deux ouvertures appelées « portes du tigre » (虎度門) encadraient les entrées et les sorties des artistes. Dans certaines coulisses, on trouve de petits autels destinés à honorer les traditions spirituelles. L’orchestre était généralement visible sur scène, soulignant ainsi le lien étroit entre la musique et le mouvement.
Lorsque l’opéra cantonais s’est répandu à l’étranger, les communautés canadiennes l’ont adapté aux réalités locales. Dans les quartiers chinois les plus importants, des commerçant·e·s ont construit des salles permanentes, telles que le Sing Kew Theatre, le Sing Ping Theatre et le Ko Sing Theatre à Vancouver, afin d’accueillir des troupes itinérantes et des artistes de la région.
Du début au milieu du 20e siècle, les strictes lois en matière d’immigration ont commencé à entraîner le déclin de nombreux théâtres appartenant à des personnes chinoises. Au fil du temps, ces salles ont été démolies ou réaménagées à mesure que les villes s’agrandissaient et se modernisaient. La flexibilité de la mise en scène de l’opéra cantonais lui a permis de prospérer et de s’adapter à de nouveaux espaces : une table pouvait toujours faire office de trône, une lanterne pouvait toujours évoquer la nuit. Aujourd’hui, les représentations ont lieu dans des théâtres loués, dans des espaces communautaires et sur les scènes de festivals.
L’univers imaginaire de la scène subsiste. Le public, en particulier au sein de la diaspora chinoise, continue de percevoir ces récits, cette musique et ces accessoires symboliques comme des passerelles vers les souvenirs, l’imagination et l’identité culturelle, reliant ainsi le passé et le présent de génération en génération.