La scène, l’espace et l’imagination

Voir la vidéo — [Opéra chinois (Vancouver, 1944)] <span style="font-weight: 400;">Gros plan en noir et blanc sur deux artistes portant des costumes très élaborés. </span>
Ce film muet présente des extraits d’un spectacle d’opéra chinois présenté au théâtre de la troupe Jin Wah Sing, dans le quartier chinois de Vancouver, et a été tourné depuis les sièges de l’auditoire le 8 février 1944 par le cinéaste et cinéphile Oscar Burritt.

La scène de l’opéra cantonais est un espace d’imagination qui utilise seulement quelques éléments pour représenter un lieu ou une action. Deux chaises et une table sont le décor le plus emblématique de cet art. Grâce aux gestes et à la disposition de ces éléments, une table peut devenir une montagne, un pont, un trône ou un lit tandis qu’une chaise peut représenter un trône, une partie d’une montagne ou la porte d’une prison. Des accessoires tels que des éventails, des lanternes ou des cravaches symbolisent le vent, des déplacements ou une action. Les membres de l’auditoire complètent activement ces éléments minimalistes par leurs souvenirs et leur imagination, participant ainsi à la création de l’univers de la représentation.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Des artistes en robes brodées et aux coiffes élaborées sont sur une scène en bois surélevée, dans une mise en scène qui rappelle un drame historique dans une salle d’audience. Certains incarnent des personnages à la longue barbe blanche, vêtus de tenues officielles de cour, tandis que des toiles de fond peintes aux couleurs vives et des banderoles suspendues rehaussent le décor. Au premier plan, des spectateurs en habits occidentaux observent attentivement la scène.</span>
Un opéra cantonais monté dans le quartier chinois de Montréal en 1940. Des représentations comme celle-ci rassemblaient les communautés d’immigrant·e·s d’origine chinoise au Canada au début du 20e siècle, mêlant des traditions opératiques séculaires à la vie sociale de la diaspora et servant à la fois d’expression culturelle et de lieu de rassemblement communautaire.

Les théâtres étaient souvent des espaces simples et flexibles. Pour les festivals et les célébrations dans les temples du sud de la Chine et à Hong Kong, on construisait des théâtres temporaires à partir d’échafaudages en bambou et de toiles. Une toile de fond séparait la scène des coulisses, et deux ouvertures appelées « portes du tigre » (虎度門) encadraient les entrées et les sorties des artistes. Dans certaines coulisses, on trouve de petits autels destinés à honorer les traditions spirituelles. L’orchestre était généralement visible sur scène, soulignant ainsi le lien étroit entre la musique et le mouvement.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Vue depuis la salle sur des musiciens jouant dans un coin de la scène, avec deux actrices à leurs côtés en pleine scène.</span>
Des musiciens jouent de la musique avec les interprètes.

Lorsque l’opéra cantonais s’est répandu à l’étranger, les communautés canadiennes l’ont adapté aux réalités locales. Dans les quartiers chinois les plus importants, des commerçant·e·s ont construit des salles permanentes, telles que le Sing Kew Theatre, le Sing Ping Theatre et le Ko Sing Theatre à Vancouver, afin d’accueillir des troupes itinérantes et des artistes de la région.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Gros plan sur des plans architecturaux dessinés à la main en bleu et blanc, représentant une lampe en fer forgé de style chinois au-dessus d’une porte en bois avec une grille en fer et un cadre en pierre.</span>
Détail des plans de construction d’une salle associative à Toronto, présentés pour le compte de la Chinese United Dramatic Society en 1940. L’élévation avant de cette salle présente une façade typiquement chinoise.

Du début au milieu du 20e siècle, les strictes lois en matière d’immigration ont commencé à entraîner le déclin de nombreux théâtres appartenant à des personnes chinoises. Au fil du temps, ces salles ont été démolies ou réaménagées à mesure que les villes s’agrandissaient et se modernisaient. La flexibilité de la mise en scène de l’opéra cantonais lui a permis de prospérer et de s’adapter à de nouveaux espaces : une table pouvait toujours faire office de trône, une lanterne pouvait toujours évoquer la nuit. Aujourd’hui, les représentations ont lieu dans des théâtres loués, dans des espaces communautaires et sur les scènes de festivals. 

L’univers imaginaire de la scène subsiste. Le public, en particulier au sein de la diaspora chinoise, continue de percevoir ces récits, cette musique et ces accessoires symboliques comme des passerelles vers les souvenirs, l’imagination et l’identité culturelle, reliant ainsi le passé et le présent de génération en génération.

Détails de l’image — <span style="font-weight: 400;">Photo en noir et blanc d’un machiniste dans les coulisses, tirant sur des cordes et levant les yeux tandis que des toiles de fond peintes s’élèvent. Chaque corde porte une inscription en chinois.</span>
Dans les coulisses du Sing Kew Theatre à Vancouver.