Gérald Vallée raconte son expérience olympique

Tomi Grgicevic © Musée McCord Stewart, 2026

Entrevue réalisée le 16 janvier 2026.


[Gérald Vallée est assis près d’un mannequin de couture présentant son uniforme jaune vif des Jeux olympiques de 1976 : un pantalon droit et une veste aux manches ornées d’un liseré tricolore. Boutonnée sur une chemise blanche, la veste porte le logo blanc des Jeux brodé sur sa poche. Au cou du mannequin se trouve une carte d’employé plastifiée.] Gérald Vallée :  Mon nom, c’est Gérald Vallée. J’ai été contrôleur de foule lors des Jeux olympiques de 1976. J’avais 19 ans et j’étais à ma dernière année de cégep. [La carte d’employé apparaît seule. Elle affiche le logo des Jeux, la mention « COJO 76» , le nom de Gérald Vallée, sa photographie en noir et blanc, le titre de son poste et le numéro 001.] J’étais à la recherche d’un emploi. Il n’y avait pas d’Internet dans ce temps-là, mais il y avait des bureaux de placement étudiant et ils étaient à la recherche de beaucoup d’étudiants pour les Jeux olympiques. Moi j’ai été très, très, très chanceux. [Une photographie montre le jeune Gérald Vallée dans son uniforme, accoudé à un muret de béton devant le Stade.] J’ai travaillé au Stade olympique. Pas juste dans le Stade, mais dans la section des journalistes. Les athlètes montaient nous rejoindre, et on les amenait rencontrer les journalistes. On commençait tôt le matin et, des fois, on pouvait finir tard le soir. C’était quand même assez intense. On a eu la chance d’avoir ce merveilleux ensemble qui faisait partie de notre quotidien pendant ces deux semaines de Jeux. Souvent, les gens me demandent : « Pourquoi t’as gardé tout ça pendant 50 ans? » C’est que je voulais me garder un souvenir des Jeux. Et là je l’ai laissé, je vais le montrer à mes enfants un jour. Et voilà, 50 ans plus tard, il se retrouve au Musée. Moi j’étais au fil d’arrivée. Donc, j’ai tout vu, toutes les épreuves, les compétitions. Évidemment, la cérémonie d’ouverture, qui était quand même spectaculaire. [Deux photographies d’archives présentent la cérémonie d’ouverture. La première montre une grande délégation canadienne vêtue de rouge et de blanc, sur la piste d’athlétisme du Stade aux gradins bondés. Sur la seconde, Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine allument la vasque olympique.] J’ai été vraiment, vraiment chanceux. Quand je me suis présenté au Stade la première journée, puis j’ai vu cette multitude de gens provenant de plusieurs pays, ça m’a donné l’ambiance qu’on était au centre de la planète. Montréal était vraiment deux semaines où tout le monde était orienté vers nous. Donc, c’est à la fois stressant, mais vraiment quelque chose de spectaculaire. Quand tu es un p’tit cul de 19 ans, tu arrives là, tu ouvres la porte et tu es comme aux Nations Unies, parce qu’il y a des gens de tous les pays. Ça faisait partie du charme de toute cette ambiance olympique là. [Sur une photographie de la cérémonie d’ouverture, de nombreuses personnes costumées participent à une chorégraphie sur la piste d’athlétisme du Stade olympique. D’autres brandissent des drapeaux. Au centre et autour de la piste figurent des personnes en uniformes officiels.] Voir des courses, comme les courses de 100 mètres haies. Je n’avais jamais vu ça, des courses de haies. C’est extraordinaire, voir la vitesse que ces gens-là courent, puis l’espace qu’ils laissent entre la haie et eux. [Une photographie capture la course et les sauts de quatre athlètes féminines au cent mètres haies] Les sauts en hauteur, c’était vraiment impressionnant. Il y a eu une médaille d’argent qui a été gagnée au Stade par Greg Joy. Il était un sauteur en hauteur, et je l’ai manqué. Je n’étais pas là. [Une photographie montre l’athlète canadien Greg Joy levant victorieusement les bras sur le matelas de réception, près de la barre transversale.] Avant les Olympiques, j’avais acheté des billets pour aller voir des compétitions de judo qui étaient au Vélodrome, à côté. Donc je me suis fait remplacer et j’ai manqué le grand moment, le saut de Greg Joy. J’ai été un peu ébloui par l’excellence de ces gens-là. Des fois, ce sont des moments un peu moins glorieux. Le marathon se terminait dans le Stade. Je ne parle pas nécessairement de ceux qui ont gagné, mais de ceux qui sont arrivés à la fin, ceux qui ont un peu mal calculé leur affaire. C’est ça, je pense, l’esprit olympique. Ce n’est pas toujours nécessairement la médaille d’or, mais le fait de participer, de compétitionner. Ça, ça m’avait marqué beaucoup. [Une photographie de la cérémonie de clôture apparaît. Au centre du Stade olympique, une foule habillée de couleurs vives déambule près d’un grand tipi jaune. Dans les gradins bondés, un écran géant affiche : Adieu Montréal. À bientôt Moscou.] La cérémonie de clôture m’a beaucoup touché parce que c’était un peu triste, dans le sens que c’était fini. Le dernier soir, on s’est réuni pas mal toute l’équipe sur le terrain. On s’est dit : « On va aller sur le terrain du Stade. » On s’est mis à courir autour de la piste, comme pour dire : « On a fait du bon travail, on s’est dit, ça va être notre dernier tour de piste. » [Sur une photographie, le jeune Gérald Vallée est assis sur un muret de béton devant le Stade olympique. Souriant, il porte son uniforme jaune vif.] Les deux semaines que j’ai vécues là, pour moi, ç'a été les deux plus belles semaines de ma jeunesse. Tellement de souvenirs qui sont, encore aujourd’hui, 50 ans plus tard, assez vifs dans mon vieux corps de 69 ans. [Le logo du Musée McCord Stewart apparaît en blanc sur fond noir. Dans la partie inférieure droite de l’image se trouve la mention suivante : Droits d’auteur : Musée McCord Stewart, 2026.]