Entretien avec Alice Chan
Alice Chan, 2025.
« Et en 1999, à cette époque, l’Académie des arts du spectacle de Hong Kong a lancé un programme universitaire à temps plein consacré à l’opéra cantonais. J’ai emballé mes affaires, j’ai vendu mon condo et je suis retournée à Hong Kong avec mes économies. J’ai terminé le programme et j’ai obtenu mon diplôme d’études supérieures après quatre années là-bas. Le temps a filé, puis je suis revenue – en 2003 et 2004 en fait – et j’ai rejoint la troupe Starlight.
J’y apportais mes perspectives novatrices, auxquelles j’intégrais ma compréhension du marketing, mon approche, mes connaissances théoriques sur l’opéra chinois et l’opéra cantonais et le contexte particulier de Toronto. Et l’idée très, très originale qui m’a poussée à suivre une formation en opéra cantonais vient aussi du fait que j’ai toujours eu à cœur de faire découvrir cette forme d’art à un plus grand public. En gros, je m’intéresse beaucoup à la promotion culturelle.
Bon, on va mettre en place un programme auquel vous pourrez participer. Ce sera peut-être de courte durée, mais à la fin, vous aurez un mini-spectacle ou vous aurez l’occasion de vous produire sur scène. Peut-être seulement pendant une minute, deux minutes, cinq minutes, ce genre de choses. Et puis, on a recruté nos 10 premières « vedettes en herbe ». Et la communauté est ÉPATÉE, ce sont des enfants tellement adorables, et ils sont si petits, alors je les appelle des « vedettes en herbe », ou siu dou deng (小豆丁), qui veut dire « germes de haricots ». L’idée derrière ce nom, c’est qu’ils ne sont encore que de petits haricots, et on ne sait pas s’ils vont grandir, s’ils vont, [avec] un peu d’eau, devenir des germes de haricots ou des plantes ou des arbres. On ne le sait jamais.
Le principe de ce mini-spectacle, c’est qu’on souhaite créer une relation très étroite entre le public et les interprètes. Le spectacle doit durer moins d’une heure. Il est accompagné de sous-titres bilingues. L’histoire doit être facile à comprendre ou comporter de nombreux éléments captivants.
Pour ma part, même si je suis moi-même interprète, je préfère rester en coulisses, en tant que metteuse en scène. Mais c’est aussi le poste le plus épuisant. Il faut s’occuper du financement, trouver des commanditaires, se charger de toutes sortes de choses. Et pour les enfants, quand ils grandissent, ils veulent parfois faire des performances solos, et je dois alors réfléchir à des numéros individuels qui leur conviennent. Parce que j’ai 10 enfants, ou 12, ou 10, ou 8, et qu’ils ont des personnalités, des forces et des faiblesses différentes. Le spectacle annuel, diront-ils, est un récital à leurs yeux. Je veux donc simplement mettre en valeur leur talent.
J’essaie de mettre en place des stratégies, par exemple en demandant à mes élèves de former les générations futures, mais on rencontre quand même des difficultés de temps à autre. On doit se réorienter ou réfléchir à d’autres stratégies. Certaines personnes diront : "Oh, les enfants ne restent pas longtemps, ils finiront par partir." Et je réponds qu’effectivement, les enfants finiront par partir. Un jour, ils auront leur propre carrière. À l’âge adulte, mes élèves travailleront peut-être en droit, en santé ou dans le secteur de la construction, mais en passant voir la troupe, ils et elles achèteront peut-être un billet ou voudront peut-être simplement s’asseoir pour regarder l’opéra cantonais ou l’opéra chinois, dans le respect. Alors, je me sentirai vraiment, vraiment profondément reconnaissante de ce que j’ai accompli. »