Yvon Laroche et Raymond Bellemare

Tomi Grgicevic © Musée McCord Stewart, 2025

Entrevue réalisée le 8 décembre 2025.


[Raymond Bellemare et Yvon Laroche livrent leurs témoignages, assis à une table dans un centre d’archives lumineux.] Raymond Bellemare : Ma mère me disait un jour que j’étais né avec un crayon. Au collège, j’étais le meilleur en dessin. Je dessinais pour les autres des dessins à 25 cents en couleur, 10 cents en noir et blanc. J’ai commencé à me faire une réputation, si vous voulez! Yvon Laroche : Très jeune, je me suis intéressé avec des cahiers à colorier, ce qui peut sembler étranger au design graphique. Je m’intéressais aux images, aux photos, à des affiches que je voyais. [Dans un cahier à pochettes plastifiées, Yvon Laroche montre du doigt des portraits en noir et blanc des membres de l’équipe de designers du Comité organisateur des Jeux olympiques, notamment Pierre-Yves Pelletier et lui-même.] Yvon Laroche : J’ai partagé un atelier de design dans le Vieux-Montréal avec Pierre-Yves Pelletier, qui était un designer connu déjà internationalement. Pierre-Yves, en fait, est devenu directeur artistique du COJO. [Debout côte à côte, Raymond Bellemare et Yvon Laroche feuillettent le cahier à pochettes plastifiées et discutent.] Raymond Bellemare : Pierre-Yves Pelletier m’a intéressé à ce que je devienne membre de l’équipe, de l’équipe olympique de design graphique. J’y ai été trois ans, trois ans au COJO. [Sur une photographie en noir et blanc, le jeune Raymond Bellemare sourit devant une série de dessins graphiques affichés à un mur.] Yvon Laroche : Moi, je n’ai jamais travaillé directement au COJO. J’étais pigiste. [Yvon Laroche tourne les pages du cahier. Deux portraits de lui en noir et blanc datant des années 1970 côtoient son portrait actuel en couleurs.] Raymond Bellemare : Ce n’était pas un métier qui était si reconnu que ça dans les années 1950 et 1960. Il fallait expliquer ce qu’on faisait. On fait du design graphique, de la mise en page de publications. C’est abstrait pour les gens. [Raymond Bellemare montre plusieurs exemples de design graphique en feuilletant un cahier devant lui, par exemple un pour la marque Natur et celui de l’Ordre des pharmaciens du Québec un autre pour une pharmacie.] Raymond Bellemare : Il y a eu l’Expo 67 avant. Une dizaine d’années plus tard, les Olympiques. [Deux affiches d’Expo 67 apparaissent, l’une rouge, l’autre bleue.] Raymond Bellemare : Ça a mis sur pied des entreprises de design, de design graphique ou de design industriel, par exemple. Et c’est comme une prise de conscience qu’il y a eu. Yvon Laroche : Les Jeux olympiques, c’était le début de l’expansion du design graphique. Ç’a été une belle époque, évidemment, les années 1970. [Une affiche grise et arc-en-ciel des Jeux olympiques présente des dessins techniques du Stade olympique sous plusieurs angles. Une affiche blanche met en vedette la mascotte des Jeux, le castor Amik, en noir et arc-en-ciel. Des carnets aux couleurs des Jeux, installés sur une table, montrent la variété des designs développés pour l’événement.] Raymond Bellemare : Un projet comme ça, évidemment, c’est un bon portfolio. Comme c’était publié à l’international, c’était gratifiant de voir que les gens ailleurs voient notre travail et l’apprécient. À l’époque, c’étaient des outils, des équerres, des compas, des tire-lignes et des plumes, des panneaux pour faire du montage, parce qu’à l’époque, on faisait du montage. Donc ça n’a rien à voir avec ce qu’on fait maintenant, évidemment, avec un ordinateur. Des graphistes, à l’époque, c’est tous des bricoleurs, par la force des choses. Yvon Laroche : On était loin de l’ordinateur, d’Illustrator, Photoshop, InDesign. Mais on travaillait avec les ateliers de composition typographique. On achetait de la typographie sur commande et ils tiraient des épreuves de reproduction. Ils travaillaient trois quarts de travail, c’était jour et nuit, 24 heures par jour. C’était une grosse aventure. Raymond Bellemare : Ç’a été un projet extraordinaire pour des designers. Ç’a été le dernier grand événement à Montréal à mon avis, ou à peu près. [Debout, le duo feuillette un cahier.] Yvon Laroche : Ç’a été l’occasion absolument exceptionnelle pour pratiquer notre métier de designer graphique. On a été privilégié en fait d’être là pour faire ça. Raymond Bellemare : Des heures et des heures de travail. Pendant ce temps-là, on ne faisait pas de mauvais coups quand on travaillait. [Assis côte à côte, Yvon Laroche et Raymond Bellemare rient franchement.] [Le logo du Musée McCord Stewart apparaît en blanc sur fond noir. Dans la partie inférieure droite de l’image se trouve la mention suivante : Droits d’auteur : Musée McCord Stewart, 2026.]