L’œuvre durable de Pauline Larivière : « Intégrer l’art contemporain à l’illustration médicale »
Pendant la première moitié du XXe siècle, le terme « abstraction » est très peu associé à l’illustration médicale. À la fin des années 1940, l’artiste Pauline Larivière revendique avec conviction l’idée que les illustrateurs devraient s’inspirer des principes de l’art contemporain, dont l’abstraction, pour faire progresser le domaine de pair avec la science et la technologie.

Article de journal traitant des graphiques de Denoyer-Geppert, les qualifiant de « réellement remarquables »
Dans un discours prononcé devant ses collègues en 1951 lors du sixième congrès annuel de l’Association of Medical Illustrators, Pauline Larivière déclare :
« De nos jours, les dissemblances et les asymétries font l’objet d’un intérêt nouveau. C’est pourquoi il nous faut recourir à de nouvelles techniques pour illustrer efficacement les données scientifiques. En tant qu’illustrateurs médicaux, nous ne pouvons nous permettre d’ignorer les techniques novatrices de l’art moderne. »
À cette époque, Larivière vient de compléter sa collaboration avec le Dr Otto Kampmeier en vue de créer des illustrations anatomiques géantes en couleur. Celles-ci sont commandées par Denoyer Geppert, un producteur de modèles, de plans et de simulateurs scientifiques destinés à l’enseignement basé dans l’Illinois. Peintes à l’huile dans un style expressif et affirmé, ces illustrations grand format sont reproduites et utilisées dans les salles de cours et les laboratoires.
Selon Kampmeier, Larivière est une artiste « libérée des contraintes traditionnelles », et ses illustrations promettent d’être d’excellents outils d’apprentissage.

Pauline Larivière à l’œuvre au Collège de médecine de la Wayne State University, à Détroit, dans le Michigan.
À travers l’abstraction de l’anatomie humaine et les couleurs contrastées des illustrations, la complexité des informations médicales devient claire et accessible. S’éloignant de l’esthétique médicale traditionnelle, souvent basée sur des spécimens, Pauline Larivière représente les systèmes d’organes au moyen de couleurs vives et éclatantes.
S’inspirant du cubisme, elle déconstruit et fragmente les formes afin de présenter différentes perspectives du corps simultanément. Elle trie et simplifie les informations visuelles pour plus de clarté, s’appuyant sur un style audacieux et un texte épuré. Elle substitue aux descriptions détaillées un livre publié en complément.
Grâce à son éducation formelle à Baltimore, sa formation avancée en beaux-arts et sa démarche artistique par-delà le monde médical, Larivière a su faire preuve d’innovation dans sa conception de l’illustration anatomique. Selon le Baltimore Sun, il s’agissait de la première série de tableaux anatomiques grand format à être produite au XXe siècle, marquant un « moment historique ».
Même si peu de traces de la pratique artistique de Pauline Larivière en dehors de l’illustration médicale sont restées, son travail exceptionnel autour de l’illustration anatomique demeure prisé par les établissements et exposé au XXIe siècle.


