Harriet Blackstock à McGill, une pionnière de la précision
Voilà qui nous mène à l’aspect central de l’illustration médicale: l’image doit savoir communiquer en un coup d’œil ce que le médecin veut, mettre en évidence, le reste devant être relégué au second plan, quoique beaucoup plus que ce qu’un appareil photo révélerait, histoire de clarifier le récit.
– Harriet Blackstock
Harriet Blackstock nait en 1894 à Toronto. Elle fait des études à la Slade School of Art au Royaume-Uni, puis travaille en tant qu’infirmière bénévole pendant la Première Guerre mondiale. Après la guerre, un médecin l’encourage à tenter sa chance comme illustratrice médicale pour des revues canadiennes. Ceci l’amène à étudier auprès de Max Brödel à l’Université Johns Hopkins.
En 1922, Blackstock est engagée au tout nouveau département d’Art appliqué à la médecine de McGill. Les premières archives du département révèlent l’importance croissante de l’illustration médicale dans les hôpitaux de Montréal, pôle médical de l’époque. Harriet Blackstock y a créé des outils pédagogiques inestimables, allant de guides chirurgicaux minutieux à des modèles en cire.
Un article du magazine Maclean’s paru en 1929 révèle un aperçu rare et détaillé du travail de Blackstock, tant dans la salle d’opération de l’Hôpital Royal Victoria que dans son atelier du pavillon médical de McGill. La journaliste s’émerveille devant l’extraordinaire mémoire d’observation de l’artiste, et note à quel point ce domaine exigeant reflète les stéréotypes liés au genre, tout en les réfutant.
« Il s’agit d’un domaine où les femmes ont été accueillies pratiquement dès le départ, et où elles se démarquent autant, sinon plus que les hommes. »
Mariée au professeur Lesslie Thomson de l’Université McGill dans le début des années 1930, Blackstock poursuit sa carrière même pendant sa première grossesse, et malgré les normes de l’époque. Elle travaille aux côtés de Wilder Penfield à l’Institut-Hôpital neurologique de Montréal jusqu’au milieu des années 1930.

Illustration réalisée par Blackstock en 1930, parue dans une publication de Penfield. La légende explique qu’il s’agit d’une « conception spontanée de l’artiste, présente lors de l’opération ».
Ses illustrations précises donnent vie aux travaux novateurs du docteur Penfield en neurochirurgie. En scrutant celui-ci à l’œuvre des heures durant, l’artiste acquiert une grande maîtrise de l’illustration du cerveau et se voit confier le soin d’observer et de documenter les interventions chirurgicales avec exactitude. C’est elle qui illustrera les découvertes de Penfield en vue de leur publication, période qu’elle considèrera comme un point culminant de sa carrière.




