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L’évolution du moulage au milieu du siècle

Au milieu du XXe siècle, avec l’essor de la photographie et des matières plastiques, le moulage en cire connaît un déclin. Les propriétés réalistes et tridimensionnelles de la cire demeurent tout de même précieuses dans certains contextes. Deux illustratrices médicales canadiennes exploitent des approches novatrices de cette technique, et contribuent à ce que l’historienne de l’art Andrea Terry décrira comme une « renaissance du moulage en cire » au milieu du siècle.

La Deuxième Guerre mondiale a entrainé une pénurie de matériel éducatif au Canada, les sources européennes étant devenues difficiles d’accès. Des outils comme les manuels scolaires et les modèles commerciaux sont cruciaux pour former le personnel des écoles de médecine, où les besoins sont urgents. À l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, le Dr Edwin Robertson fait appel à l’artiste montréalaise Marjorie Winslow pour remédier à la situation. Ensemble, ils créent une série de modèles en cire destinés à la formation en obstétrique et en gynécologie.

Article de journal anglophone en noir et blanc titré « Imaginez ça », montrant des femmes réalisant des moulages médicaux et prenant l'empreinte du visage d'une femme.

Un article du Baltimore Sun consacré aux étudiants en illustration médicale de Johns Hopkins réalisant des moulages à base de plastique, 1946.

 

Bien qu’elle n’ait pas été précisément formée à l’illustration médicale, Marjorie Winslow a beaucoup étudié les beaux-arts à Montréal et en Europe. Puisant dans son expérience en modelage de l’argile, elle entame le projet en 1942, sous la supervision attentive de Robertson et avec les conseils d’un artiste de Johns Hopkins spécialisé en moulages de cire. Winslow quitte Kingston en 1946 pour regagner Montréal, où elle poursuit sa pratique indépendante en parallèle du travail avec le Dr Robertson. Elle assiste à des opérations à l’hôpital Royal Victoria, puis réalise de mémoire des moulages en cire qu’elle détaille à la main. Sa technique continue d’évoluer à Montréal : collaborant avec le neurochirurgien Wilder Penfield, elle crée des modèles en cire et des dessins tirés de ses observations pendant les chirurgies.

Photo en couleur du modèle en cire d'une femme nue se tenant debout les bras ouverts.

Modèle anatomique en cire (moulage) représentant le somatotype d’une femme atteinte du syndrome de Turner, réalisé par Marjorie Winslow, vers 1946.

Après la guerre, les techniques de moulage trouvent une nouvelle application dans le domaine en pleine expansion de la chirurgie plastique. En 1946, l’illustratrice médicale montréalaise Eleanor Sweezey, qui travaille aussi avec le Dr Penfield, cosigne un article spécialisé décrivant l’utilisation du moulage comme moyen de documenter le déroulement des chirurgies plastiques au Queen Mary Veteran’s Hospital et à l’Hôpital militaire Saint-Anne. On recourt aussi au moulage et au modelage avec du plâtre, de l’argile et de la cire pour prévoir les chirurgies reconstructives et créer des prothèses. Ces établissements, mis sur pied pour traiter les nombreux blessés de guerre, contribuent à l’évolution des techniques de moulage et à l’introduction de nouveaux plastiques expérimentaux.

Photo en couleur du modèle en cire d'une femme nue se tenant debout les bras ouverts.

Modèle en cire (moulage) représentant le somatotype d’une femme souffrant d’obésité, réalisé par Marjorie Winslow, vers 1946.

Marjorie Winslow et Eleanor Sweezey ont contribué à faire avancer la technique du moulage dans un domaine transformé par la guerre. Leurs œuvres respectives démontrent comment cette expertise a su s’adapter aux changements profonds qui ont marqué la médecine au XXe siècle.