Eleanor Sweezey, une artiste engagée
Eleanor Sweezey (1915-2007) a su insuffler au domaine émergent de l’illustration médicale un élan d’ambition et d’engagement. Dès son jeune âge, elle est déterminée à faire carrière en combinant l’art et la science. Elle s’inscrit à des cours à la Montreal Art Gallery, et remporte en 1935 une bourse de 75 dollars pour étudier à Queen’s University, où elle obtient son baccalauréat tout en étudiant les sciences préparatoires à la médecine et l’anatomie comparée, cursus rare pour une femme voulant se lancer dans les arts à l’époque.

En-tête d’article rédigé par Eleanor Sweezey pour le bulletin interne de l’Hôpital général de Montréal, MGH News, automne 1980.
C’est un peu par hasard que l’illustration médicale fait son entrée dans sa vie. Lors d’un dîner, sa mère se retrouve assise à côté de l’illustratrice Harriet Blackstock Thompson, dont la carrière va inspirer Eleanor à s’engager sur cette voie. Elle s’inscrit bientôt au programme de Johns Hopkins (1940-1942), où elle étudie sous la direction de James Didusch, un protégé de Max Brödel. Elle travaille ensuite comme pigiste à Toronto, puis rejoint le Queen Mary’s Veterans’ Hospital en 1945, où elle se découvre une passion pour la réadaptation des soldats blessés.
En 1949, Sweezey est nommée conseillère nationale en illustration et photographie médicales pour les hôpitaux des anciens combattants du Canada, fonction qu’elle occupera jusqu’en 1980. Son champ créatif ne se limite pas qu’au dessin : elle scénarise, réalise et monte des films sur les procédures chirurgicales, soutenant ainsi la formation et la recherche dans ce domaine.
À l’hôpital Royal Victoria, elle collabore avec des médecins pour mettre au point l’utilisation du Flexton, un nouveau plastique servant à fabriquer des prothèses faciales temporaires. Celles-ci permettent aux vétérans gravement défigurés de rentrer chez eux et de réintégrer la société en attendant de subir une chirurgie permanente.
Eleanor Sweezey tient par ailleurs à professionnaliser son domaine. Elle occupe les fonctions de vice-présidente (1958-1959) et de présidente (1961-1962) de l’Association of Medical Illustrators (AMI), où elle milite pour la reconnaissance des illustrateurs à titre de collaborateurs et non de techniciens, et plaide en faveur de salaires qui reflètent leurs compétences spécialisées.
Ses collaborations avec le Dr Wilder Penfield sont particulièrement remarquables : elle illustre deux de ses ouvrages majeurs, Speech and Brain Mechanisms (1959) et Mystery of the Mind (1975). Elle enrichit aussi les illustrations novatrices d’Hortense Douglas représentant l’homoncule, en y ajoutant ses propres dessins, inspirés de ses recherches.
L’influence d’Eleanor Sweeney s’est prolongée bien au-delà de sa carrière active. En 1994, on lui a décerné le titre d’administratrice honoraire du Vesalius Trust. En 1998, elle a reçu le Lifetime Achievement Award de l’Association of Medical Illustrators. Elle a laissé derrière elle un héritage aussi artistique qu’engagé, propulsant l’illustration médicale à travers son œuvre et contribuant à faire de ce métier une profession respectée.


