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Innovation en temps de guerre : les mutations de l’illustration médicale

En s’intéressant à la réalité des illustratrices médicales à Montréal entre les deux guerres, on voit émerger une époque productive et inventive dans le domaine. Avant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des illustratrices médicales collaboraient à titre de pigistes avec des médecins, des chirurgiens et des chercheurs individuels.

Photo en noir et blanc d'un photographe âgé maniant un grand appareil photo, avec du matériel audiovisuel en arrière-plan.

Portes peintes par Mary Gzowski pour célébrer le retour de deux résidents ayant combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939.

 

Les postes permanents rémunérés en fonction des compétences spécialisées en illustration médicale étaient peu répandus dans les hôpitaux canadiens. Les changements qui surviennent pendant et après la Seconde Guerre mondiale vont catalyser des avancées notables vers la professionnalisation, la standardisation et l’innovation dans le domaine.

En Amérique du Nord, la plupart des manuels médicaux de l’époque proviennent d’Europe. La guerre empêchant de compter sur cette source, le besoin criant de formation en temps de conflit entraine une crise dans le domaine de l’enseignement médical. En 1941, à Toronto, le Dr J.C.B. Grant s’attaque au problème en s’associant avec des illustrateurs locaux pour créer le Grant’s Atlas of Anatomy.

En plus d’être une réussite canadienne, l’ouvrage consacre beaucoup d’espace aux illustrations, comparativement aux manuels habituels. Les illustrations en noir et blanc à base de poudre de carbone et les dessins au trait sont peu coûteux, et la technique de Grant, basée sur le calque de photographies, rehausse la précision des représentations anatomiques.

Photo en noir et blanc d'une femme peignant le moulage d'un visage. D'autres moulages reposent sur la table devant elle, dont des visages, une main et des oreilles.

Agnes Roberge fabriquant des moulages en plâtre de patients en chirurgie plastique, Christie Street Hospital, Toronto, 1944.

 

Bien que l’Atlas n’ait pas été produit à Montréal, des besoins semblables se font sentir dans cette ville devenue carrefour en matière de recherche en traumatologie, de mobilisation infirmière et d’enseignement médical intégré pendant la Seconde Guerre mondiale. Des artistes montréalais, dont Mary Gzowski, contribuent à illustrer des publications sur le traitement des blessures de guerre, rédigées par des chercheurs de l’Hôpital général de Montréal.

Photo en noir et blanc d’une femme portant une blouse de laboratoire dans un laboratoire, présentant un livre ouvert d’illustrations médicales.

Nancy Joy (1920-2013), éminente illustratrice médicale et professeure canadienne établie principalement à Toronto, photographiée avec l’Atlas of Anatomy de J.C.B. Grant. Joy fut l’une des principales collaboratrices de cet atlas.

 

La demande en matériel visuel reproductible augmente considérablement à cette période. Celui-ci aide à former rapidement le nouveau personnel médical et à uniformiser le traitement des blessures sur le champ de bataille.

Après la guerre, les répercussions du conflit sur le monde de l’illustration médicale sont substantielles et complexes. D’une part, bon nombre d’hommes revenus du service militaire s’intéressent à la profession. Certains d’entre eux obtiennent des postes, parfois au détriment d’illustratrices qualifiées possédant plus d’expérience et une formation spécialisée.

Photo en noir et blanc d'un photographe âgé maniant un grand appareil photo avec du matériel audiovisuel en arrière-plan.

Haigazoun Artinian au département audiovisuel de l’Hôpital général de Montréal, vers 1960.

 

D’autre part, l’évolution des technologies photographiques et de reproduction élargit le domaine et développe les méthodes d’expression visuelle des illustrateurs. Des associations professionnelles et de nouveaux programmes de formation apparaissent en Amérique du Nord, créant des réseaux qui tentent d’établir des normes dans le domaine.