Helen MacArthur, une précieuse collaboratrice
Lorsque Helen Turner MacArthur fait ses débuts dans le monde de l’illustration médicale, le domaine est en plein essor. Née à Toronto en 1920 de parents américains liés à l’Oberlin College, elle grandit dans un environnement scientifique : son père enseigne la génétique à l’Université de Toronto, sa mère est bactériologiste et ses frères travaillent aussi en sciences. Mais Helen se sent d’abord attirée par les arts. Elle étudie à Oberlin, puis à l’université de Toronto, où elle obtient un baccalauréat en arts pratiques. Suite à une courte période en tant qu’enseignante, elle découvre une autre voie : un diplôme en art appliqué à la médecine. C’est exactement ce qu’il lui faut.
Ce nouveau programme vient d’être lancé en 1944 par Maria Wishart, une étudiante canadienne de Max Brödel et membre fondatrice de l’Association of Medical Illustrators. Sous la direction de cette dernière, Helen étudie l’anatomie et la dissection aux côtés d’étudiants en médecine, obtenant son diplôme en 1948. La même année, elle se voit confier la direction du département d’illustration médicale de l’Hôpital Royal Victoria de Montréal.
Son travail artistique est posé, minutieux et précis. Elle réalise ses croquis à proximité de la table d’opération, se tenant debout derrière le chirurgien.
« Je me place juste derrière lui, me penche par-dessus son épaule et je griffonne furieusement », explique-t-elle. « Bien que ça ressemble souvent à des gribouillis, je retourne vite à mon bureau pour détailler le tout. »

Igor Bitenc, Herbert F. Moseley, Helen MacArthur, John Duff, W. H. Norman, Ernestine McLeod, équipe responsable des accidents, Hôpital Royal Victoria, 1969.
Elle devient l’illustratrice attitrée du chirurgien H. F. Moseley à l’Hôpital Royal Victoria, avec qui elle collabore étroitement à la rédaction de plusieurs manuels importants. Leur ouvrage le plus célèbre, Recurrent Dislocation of the Shoulder (Luxation récurrente de l’épaule), paru en 1961, est le premier livre publié par McGill University Press. Elle réalise également avec Moseley des films médicaux, outil de plus en plus prisé dans l’enseignement de la chirurgie à l’époque.
Helen MacArthur épouse le Dr Moseley en 1964, sans cependant céder aux normes sociales l’incitant à quitter sa carrière. Elle continue à exercer comme illustratrice et consultante jusque dans les années 1970. Son travail est systématiquement crédité et son nom figure aussi bien sur les légendes d’expositions que dans les remerciements d’ouvrages. Elle est même mentionnée en tant que partenaire professionnelle dans la nécrologie de son mari : « Avec la collaboration de sa femme Helen, illustratrice médicale, le Dr Moseley a rédigé ou édité 14 publications consacrées à la chirurgie. »
Helen MacArthur est décédée en 2006. Elle appartient à une génération de femmes qui n’ont pas seulement réussi à s’épanouir dans ce domaine, elles ont contribué à le définir.


