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Modeler la maladie : les moulages en cire à Montréal au début du XXe siècle

Les moulages en cire, qui répliquent l’anatomie pathologique de façon réaliste au moyen de la cire, deviennent au début du XXe siècle des outils pédagogiques indispensable dans les grands hôpitaux d’enseignement de Montréal. Les moulages sont déjà employés depuis des siècles pour enrichir la formation chirurgicale et clinique. À Montréal, ceux-ci sont souvent fabriqués par des artistes-illustrateurs médicaux.

Les moulages permettent une étude plus approfondie des subtilités d’une maladie, qui sont moins visibles sur des spécimens ou des photographies. Le processus de création des moulages consiste à observer ou à travailler avec un échantillon, puis à façonner des modèles en cire présentant des qualités de réalisme que même un spécimen préservé ne pourrait conserver.

Bande dessinée anglophone en noir et blanc titrée « Dick Tracy : Plâtré, un moulage, fac-similé », composée de 12 cases où deux hommes moulent le visage d'un troisième homme.

Une bande dessinée de Dick Tracy illustrant le processus de fabrication d’un moulage, une technique qui fascinait à la fois le milieu médical et le grand public. Daily News, 14-16 janvier 1936.

 

À l’Hôpital général de Montréal, Hortense Douglas est passée maitre dans cette technique spécialisée. En plus de réaliser des moulages en cire, elle rédige un article publié par l’International Association of Medical Museums, dans lequel son expertise est mise en valeur.

Douglas y décrit en détail la méthode de fabrication de moules en plâtre à partir de spécimens pathologiques pour le moulage à la cire, et inclut la préparation standard : deux livres de cire d’abeille blanche, une livre ¾ de cire de paraffine, une livre de poudre de talc, une livre de fécule de maïs préparée et deux onces de cire d’abeille jaune. Les couleurs sont ajoutées aux dernières couches avant la couche de finition, et les modèles sont habituellement fixés sur une plaque de bois. Selon Douglas, ce procédé offre des possibilités infinies.

Photo en couleur du moulage médical d’un visage d'homme avec une plaie rouge sur la joue, monté sur carton noir.

Moulage en cire de lésions syphilitiques réalisé par Hortense Douglas à l’Hôpital général de Montréal.

 

Harriett Blackstock, quant à elle, réalise à la même époque des moulages en cire au département d’Art as Applied to Medicine de McGill. En 1926, ses œuvres figurent dans une exposition destinée aux professionnels de la santé, tenue au pavillon de médecine de McGill. Un journaliste note : « La nouvelle technique de fabrication des modèles en cire promet d’être très utile pour l’étude des maladies contagieuses à l’École de médecine de McGill ».

Ces deux études de cas révèlent la rigueur et la précision qu’apportent ces deux artistes médicales à leur pratique multidisciplinaire. La trace de leurs travaux dans les revues médicales et les journaux confirme aussi la valeur des moulages en tant qu’outils pédagogiques et documents scientifiques.

Photo en couleur du moulage médical d’un crâne bosselé, monté sur carton noir.

Moulage en cire d’une cicatrice syphilitique réalisé par Hortense Douglas à l’Hôpital général de Montréal.