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Privilèges et opportunités

Les femmes qui vont contribuer à implanter l’illustration médicale à Montréal proviennent d’un milieu distinct : familles bien nanties, écoles prestigieuses, environnement social où l’art et la science font bon ménage. Elles ont accès à des ressources qui échappent à la majorité des femmes, notamment une éducation, la sécurité financière et un réseau de contacts important. Mais même avec tout cela, les horizons de carrière demeurent limités pour elles.

Coupure de journal en noir et blanc annonçant deux débutantes. Un portrait de chacune est imprimé côte à côte, accompagné d'un texte au-dessus et en dessous.

Mary Gzowski et sa sœur Helen lors de leur année de débutantes, The Montreal Star, 26 septembre 1931]

La plupart des professions médicales sont impossibles à envisager pour les femmes de l’époque, surtout une fois que celles-ci sont mariées. L’illustration médicale va leur fournir une porte d’entrée très nichée en médecine, socialement acceptable par surcroit. Si elles ne peuvent devenir médecins comme leurs pères ou leurs frères, certaines femmes vont pouvoir faire carrière à leurs côtés.

Plusieurs d’entre elles ont étudié à des écoles prestigieuses, telles que l’École Miss Edgar et Miss Cramp ou The Study. D’autres suivent des formations dans des écoles privées en Angleterre ou à l’École des beaux-arts de Montréal. Ces établissements ne se contentent pas d’enseigner la technique. Ils introduisent les élèves à des courants artistiques canadiens majeurs, dont le Groupe des sept et le Beaver Hall Hill Group, et ont pour professeurs et mentors des artistes tels que Adam Sherriff Scott.

Photographie aux tons sépia montrant six femmes vêtues de robes blanches, posant et regardant l'appareil. Trois sont assises au centre, les trois autres debout.

Promotion de 1918 de l’École Miss Edgar et Miss Cramp. Hortense Douglas, assise au centre

« J’ai toujours voulu être près du milieu médical » , disait Hélène MacArthur. Son père était professeur de biologie, ses frères étaient scientifiques. L’illustration a été son moyen de les rejoindre.

Il faut dire que les relations familiales ne nuisaient pas. Harriet Blackstock devient illustratrice médicale après qu’un médecin ami de sa famille lui offre d’illustrer ses articles. Ces occasions informelles aidaient à ouvrir des portes, même si c’est parfois de courte durée. La plupart des femmes doivent délaisser leur carrière une fois qu’elles sont mariées.

Photographie en noir et blanc présentant huit femmes, élégamment vêtues en tailleur et coiffées d'un chapeau, attablées autour d'une table dressée.

Membres de la Junior League réunies au Ritz-Carlton, Montréal, 1940

Plusieurs de ces jeunes femmes prennent de l’expérience à travers la Junior League of Montreal, dont les programmes hospitaliers permettent de contribuer et d’apprendre. En 1924, 125 bénévoles de la Junior League travaillent dans les hôpitaux montréalais. Certaines, comme Marie Gzowski, y obtiennent même leurs premiers mandats d’illustration. « Les cliniques sont probablement la partie la plus passionnante du travail », mentionne un rapport de la Junior League de 1927-28.  « Ce travail semble difficile au début. Mais une fois habituée aux termes médicaux, la jeune femme le trouvera très intéressant ».

Photo en noir et blanc montrant des personnes de tous âges se faisant servir derrière le comptoir d'une cafétéria. Deux personnes en uniforme blanc servent les clients, l'une d'elles versant une carafe.

Bénévoles de la Junior League à la cafétéria de l’Hôpital Général de Montréal, 1938. Au centre, Mary Gzowski

 

Ces femmes ont également été formées par la guerre. Plusieurs travaillent comme bénévoles dans des hôpitaux de campagne, d’autres soignent des soldats blessés. Ce domaine leur apprend à servir, à observer et à dessiner. L’illustration médicale leur permet de transformer leurs privilèges en sens de la mission.